Ces papes qui ont fait l'histoire - Extrait

" Quelle mouche avait donc piqué, cet été-là, le Saint-Esprit? Quand, à la fin du premier week-end d'août 1978, le dimanche 6 août au soir, dans la touffeur de Castel Gondolfo, Paul VI s'éteint à l'âge de 81 ans, après quinze ans de règne, personne ne peut deviner que les trois mois qui vont suivre changeront une fois de plus la face de l'Église. Cas unique dans la Rome des temps modernes, trois papes vont se succéder, l'espace d'un été, sur le trône de Pierre: Paul VI, Jean-Paul Ier et Jean-Paul II.

   Devant l'abondance des questions laissées en suspens à la mort de Paul VI, on devine que le conclave, qui s'ouvre le vendredi 25 août 1978, sera l'un des plus ouverts de l'Histoire. Paul VI avait agrandi le cercle du Sacré Collège à de nombreux cardinaux du  tiers-monde dont personne ne pouvait préjuger du vote. Avec cent onze cardinaux électeurs — âgés de moins de quatre-vingts ans, selon la nouvelle règle édictée par Paul VI —, le conclave n'a jamais été aussi nombreux. Théologiens, sociologues, journalistes remplissent leurs colonnes de portraits-robots d'un pape idéal, à la fois pasteur et diplomate, jeune et médiatique, pour l'Église de la fin du siècle. Mais, premier clin d'oeil de l'Esprit saint en cet été 1978, ce conclave, que tous les observateurs prévoyaient long et indécis, va se révéler l'un des plus courts de l'Histoire.

   Conclave éclair, comme sera soudaine la popularité du nouvel élu, le cardinal Albino Luciani, patriarche de Venise, 66 ans, qui, en prenant le nom de Jean-Paul Ier, directs, Jean XXIII et Paul VI, signifiant par là sa volonté de poursuivre l'oeuvre de Vatican II. Et comme sera bref son pontificat de trente-trois jours, l'un des plus courts de l'histoire de l'Église. Quatre tours ont suffi, le samedi 26 août 1978, pour qu'Albino Luciani obtienne la majorité qualifiée des deux tiers des voix du conclave (soixante-quinze voix). Le nom de l'élu, autant  que cette rapidité, a retenti comme une immense surprise dans le monde entier. Le cardinal Luciani avait bien été cité dans les pronostics, mais plus par habitude — Pie X et Jean XXIII avait été aussi patriarche de Venise — que par conviction. Il était presque inconnu hors d'Italie.

   La préférence des électeurs est allée à un pape pasteur, plutôt qu'à un politique ou à un homme d'appareil. Jean XXIII avait mené une carrière diplomatique à Paris, Paul VI travaillé dans l'ombre de Pie XII à la Curie, avant d'exercer ses talents d'évêque de terrain à Milan. Mais Jean-Paul Ier n'était jamais sorti de sa Vénétie natale. Il n'était pas passé par les grandes écoles qui forment les cadres du Vatican dont il soupçonnait à peine l'existence. "Un simple prêtre était devenu évèque. Un simpe évèque devenait pape", écrira l'historien Jean Chélini."

Extrait de "Ces papes qui ont fait l'histoire", chapitre Jean-Paul II, Le pape des multitudes, Éditions Stock 2006. (p.309/310)

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