Pierre Diner (09/2013)

Pierre Diner! Quel homme! Mais surtout quel peintre!

     Notre première rencontre remonte à quelque temps déjà, aux premières belles journées d'un printemps qui tardait à s'installer. L'esprit démesurément curieux, j'ai longuement écouté l'homme me parler de sa vie et puis le peintre ensuite, pour toutes ses œuvres qu'il nous a données. Ce fut pour moi une découverte! Certes, je connaissais sa peinture par quelques tableaux que j'avais pu voir sur son site, et surtout celui que j'avais acquis peu de temps avant notre entretien, mais voir des esquisses, des portraits, un chevalet posé au milieu du séjour, une grande table aux multiples tubes de gouaches, la thébaïde de l'artiste, j'étais émue.

     On dit souvent que l'Amérique a dix ans d'avance sur nous lorsqu'il s'agit de technologie! En serait-il de même pour la peinture? Pierre Diner a vendu beaucoup de toiles aux Américains, exposé dans des galeries à New York... Né à Morlaix en 1932, il grandit là-bas, entouré de ses parents et de ses deux frères. À l'école, il excelle dans le dessin. "Mon père avait horreur de la musique! alors, j'allais chez ma tante qui avait un phonographe et j'écoutais des phonos. Quand je rentrais chez moi, je dessinais des choses mystiques et bizarres. C'est à ce moment-là que j'ai dit que je ferais de la musique avec la peinture! D'ailleurs, quand je peins, je mets un bruit de fond comme par exemple Bashung. C'est un poète!"

     Après une école de dessin, le centre d'Art plastique en Seine et Marne, il travaille chez HB à Quimper. Mais Pierre Diner veut autre chose. Il s'impatiente! Il réalise des décors baroques sur les manèges des forains, décore des salles de restaurant et des bars. Alors qu'il séjourne chez Madame Le Moigne, Aux Ondines, à St Guénolé, où elle lui demande de faire des natures mortes, il rencontre Jean Bazaine. "Je lui ai fait démolir un tableau à l'aquarelle qu'il venait de peindre sur un support épais! Je lui avais dit qu'il avait fait le même quelque temps auparavant."

     Alors qu'il monte à Paris à tout juste 22 ans, il côtoie des peintres de renom à Montmartre. L'ambiance est assez familiale mais il est déçu. "C'est un grand supermarché! C'est trop commercial!" Lorsqu'il fait la connaissance de Gen Paul, par l'intermédiaire d'un ami commissaire de police, celui-ci le reçoit sèchement par cette simple question laissée sans réponse " Pour qui vous prenez-vous, les jeunes peintres?"

     Pour Pierre Diner, en tout cas, "une bonne peinture, c'est quand elle provoque une émotion. Je ne sais pas ce que j'aurais pu faire d'autre!" Et: "Pourquoi aller au cinéma alors que l'on peut faire vibrer avec des taches, des formes, de la couleur?" Il n'y a pas de folklore, c'est souvent une vision du vrai, de la vie qui bouge autour de soi, avec ses sons, ses matières. "C'est un chroniqueur plastique", dira de lui son ami Bernard Le Floch, présent également lors de notre premier entretien.

     Dans sa petite maison au coeur du haut pays bigouden, à la lisière de la Baie d'Audierne, de la palud et de l'océan que l'on entend rugir par temps clair, Pierre Diner me reçoit chaleureusement, me proposant un café ou un verre de rosé.

     D'une grande discrétion, se levant parfois même plus tard que Picasso: "À Paris, j'ai fait mon Toulouse Lautrec. En vivant la nuit dans les cabarets, les bars, les salles de spectacles à l'Olympia, au Cheval d'Or et aussi lors des concerts d'Édith Piaf (c'est grâce à lui que Théo Sarapo rencontrera la chanteuse et qu'il l'épousera en 1962), de Johnny Hallyday, de Charles Aznavour (qui n'aime pas particulièrement la peinture), Brel (avec qui il aura de grandes conversations)...", il peint les artistes sur scène ou les spectateurs et l'ambiance des bars. C'est dans l'ancien atelier de Georges Braque qu'il peindra également le jour. De semaine en semaine, Pierre Diner se fait un nom, de New York à Paris en passant par le Japon.

     Dans le séjour où nous avons pris place, les couleurs sur les toiles encore inachevées tourbillonnent et l'on sent, dans la chaleur printanière, les pensées s'éveiller sous le pinceau du peintre. La discussion reprend de plus belle: "Je ne suis jamais satisfait d'un tableau! Je pourrais passer ma vie sur un même tableau!" Peindre et puis repeindre encore, sans lassitude parce que, comme un roman où les mots apportent des sensations, il y a en peinture, toujours à redire, à faire vibrer à travers les formes et les couleurs. Pierre Diner travaille, peint sans cesse sur une même toile, ou bien, par générosité, accepte des commandes. Mais lorsque je lui parle de son œuvre sur la ville d'Ys, il est ému et me promet de s'y remettre et de la poursuivre.

     Malgré lui cependant, il témoigne par ses anciennes toiles (il peint les bateaux, les filets, la criée, les bigoudènes...) mais aujourd'hui, il n'y a plus de matières, tout a disparu, la vie dans les ports n'est plus la même qu'autrefois. Peintre sincère, libre car ne supportant pas d'être contraint, il y aura de nombreuses ruptures de style au fil des années, des aléas de la vie et des rencontres. Un moment, Pierre Diner se fondra à la nature pour la peindre: "J'ai posé mon chevalet au milieu même de la nature." Puis un malencontreux accident chez lui le contraindra à changer de modèle. Ce sera sa période des nus. Lors d'un séjour de six mois en Andalousie, il se découvre un nouveau style: l'abstrait. "Il n'y a que par l'abstrait que l'on peut donner de la consistance et de l'émotion." Cependant, habile portraitiste, il continuera à peindre des bigoudènes sous les traits de sa femme Huguette, qui le poursuivra même jusque dans les attitudes des hommes.

     Mais, une question me taraude : est-il nécessaire d'apprendre à peindre? "Ceux qui ont apporté quelque chose à la peinture n'ont jamais appris. Mais une chose est sûre, c'est qu'il est important d'avoir des bases. Ça vous libère des échecs!" Il me parle alors du nombre d'or pour réaliser harmonieusement une peinture, voire même un poème, ou bien encore "les armoires normandes car elles ont une forme parfaite." Le nombre d'or s'obtient par une équation. Pour Pierre Diner :"Je fais deux carrés sur un rectangle. Dans l'abstrait, il n'y a pas que le côté plastique, il est donc important de faire le nombre d'or pour mettre des lignes, des taches, etc. Picasso est un peintre classique. Toutes ses oeuvres sont faites en fonction du nombre d'or." 

     Notre entretien touche à sa fin. En deux après-midi, nous n'avons pas pu tout aborder. Il y a tant de choses à découvrir, à comprendre, à écouter, que je reviendrai sûrement pour reprendre le cours de notre discussion.

     Pour le moment, il faut bien me résigner. Alors que je le quitte, il pleut averse, mais peu importe! Mon esprit chante sous la pluie, et sa musique, je l'entends à travers toutes ses toiles en me répétant inlassablement, qu'il a sans aucun doute réussi "à faire de la musique avec la peinture!"

Un grand merci à Pierre Diner de m'avoir reçue chaleureusement et avec une grande générosité. 

LA TORCHE, œuvre de Pierre Diner

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