Khève, peintre du XXème siècle (12/2013)

KHÈVE, PEINTRE DU XXème SIÈCLE


    Dans l'allégorie du peintre, il faudrait voir une échappée vers un bonheur aux couleurs étonnantes, aux formes solennelles en apensanteur, vers une transcendance qui réjouit le réel. Gide disait que "son bonheur est fait de ferveur." La ferveur du peintre, c'est sa joie de mettre dans ses
œuvres cet amour pour le travail bien fait, les petits détails qui font toute la différence, l'effort dans l'harmonie.

     C'est en remontant le temps vers cette époque benie des années 80 où une toute jeune fille rencontra le peintre, une femme au tempérament fort mais non dépourvue de douceur et d'un accueil rare, qu'il m'est venu l'envie de vous parler de Khève.

     Il est clair que si je pouvais aujourd'hui interviewer cette femme, je l'aurais fait depuis longtemps et sans hésiter. Malheureusement, la maladie lui a ôté toute forme de paroles cohérentes. Pourtant, en me souvenant de son regard, je sais qu'il me parlerait mieux encore que ses lèvres ne pourraient exprimer. Cet aujourd'hui  dont je parle était celui de cet été 2013 où nous pouvions alors parler de Khève au présent. Le 3 septembre, il n'y a plus que notre souvenir avec lequel nous l'évoquons.

     C'est en octobre 1922 que Jeanne Monique Tauzin voit le jour dans une famille dont le père, officier, et la mère, professeur de physiques, lui prodiguent des valeurs qui feront d'elle ce qu'elle fut toute sa vie, originale et généreuse. Son enfance lui apporta des joies bien sûr mais aussi la plus terrible des souffrances pour une enfant: celle d'être séparée de sa mère atteinte de tuberculose quatre longues années.

     À l'âge de vingt ans, brillante skieuse, elle se destine au métier de professeur de sport lorsqu'elle rencontre celui qui allait devenir son mari, le jeune medecin officier et philosophe, Yves Constant , dans le bus qui les menait tous deux à la faculté de médecine de Lyon. Mariée en 1943 puis séparée de son mari parti en Indochine, elle élève seule sa fille aînée jusqu'à son retour en 1948. Suivront les diverses mutations (Guyane, Côte d'Ivoire, Laos, Nouvelle Calédonie, Djibouti) et trois autres enfants. Habile de ses mains pour la couture, avant-gardiste de mode mais aussi peintre (portraits, natures mortes, scènes d'intérieur, paysages...)elle fera aussi les vitraux de la cathédrale de Djibouti. Toutes ses toiles auront cependant le même trait naïf et chaleureux, doté d'un certain apaisement. La peinture est pour elle ce lien étroit entre la nature et les événements de la vie, la force spirituelle aussi, un don de Dieu qu'elle accueillera avec grâce et pudeur.

     Dans sa maison du Haut-Forez où les enfants se réunissent chaque été, règnent un silence et des souvenirs où je regarde, toujours émerveillée, ses œuvres sur les murs, ses pensées comme un livre écrit au gré du temps, sa voix que j'écoute: l'histoire d'une vie. De sa vie...

Commentaires (2)

Anna Maria
  • 1. Anna Maria | 01/12/2013
Un doux souvenir pour cette femme d'une beauté, force, genérosité, courage, sans égales... Un exemple pour tous ceux qui l'ont rencontrée et qui garderont son souvenir à jamais.
Jo
  • 2. Jo | 01/12/2013
Une femme merveilleuse... Ma grand mère qui reste et restera mon modèle, mon exemple, mon ange gardien... pour toujours. C'était une femme comme on en rencontre rarement et qui mérite que l'on parle encore d'elle et qu'on lui rende hommage dans des articles comme celui ci. Merci maman pour cette ci belle description qui lui est fidèle. Bisous

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