Ecrire et Editer à l'Ouest, table ronde (04/2014)

"ÉCRIRE ET ÉDITER À L'OUEST", TABLE RONDE ORGANISÉE PAR DES ÉTUDIANTES EN MASTER DU MÉTIER DU LIVRE ET DE L'ÉDITION À BREST 

     Voici une table ronde qui vise à éclairer celui qui se destine au métier du livre. Ont été invités à participer: Sandrine Pondaven des Éditions Locus Solus, Alain Rebours des Éditions Isabelle Sauvage, Fanch Broudic des Éditions Emgleo Breiz, les écrivains Hervé Jaouen et Hervé Lossec, le scénariste de BD Mickaël Le Galli et Fanny Brulon illustratrice et styliste.

Qu'est ce qu'un écrivain?

     Être un écrivain n'est pas une profession, dit Hervé Jaouen, c'est sans doute une qualité car très peu de gens vivent de leur plume, et Hervé Lossec d'ajouter : "Si tous les gens qui écrivent sont écrivains, tous les gens qui pensent sont des penseurs!", donc j'estime que je ne suis pas écrivain, auteur au mieux.

Pourquoi choisit-on d'écrire ou d'éditer en Bretagne?

     En tant qu'écrivain, dit Hervé Jaouen, je vais pouvoir répondre à la question mais aussi en tant qu'éditeur car j'ai été directeur d'une collection aux Éditions Ouest France. Lorsque l'on écrit des romans, on vise Paris et ses grandes maisons d'édition. L'auteur en devenir éventuel vise ensuite un peu plus bas et ce n'est pas vexant pour la Bretagne. La difficulté c'est de recevoir des textes qui tiennent la route. Il faut aussi qu'elles puissent attirer des auteurs déjà connus, ceux qui vont servir de locomotive et qu'elles acquièrent une notoriété pour recevoir des manuscrits d'ailleurs. 

     La région bretagne est riche en auteurs. On est mis parfois en concurence avec les maisons d'édition mais le travail au quotidien est le même qu'ailleurs. En revanche, en ce qui concerne la poésie, les grandes maisons d'édition parisiennes ne font presque plus de poésie. Gallimard ne publie que trois ou quatre titres par an et Flammarion cinq livres d'auteurs. Les auteurs de poésie sont toujours en région, dit Alain Rebours des Éditions Isabelle Sauvage, et de ce point de vue là, la Bretagne n'est pas mal placée. Les manuscrits nous viennent de toute la France. Sandrine Pondaven, quant à elle, se dit très sensible au contact humain, "la relation avec l'auteur est très importante pour moi et c'est ce que je peux concrétiser dans ma maison d'édition de région."

Lorsqu'on est éditeur en Bretagne, est-ce que l'on se réclame d'une identité bretonne?

    Elle sert beaucoup à Paris. Contrairement aux idées reçues qu'on vous traiterait de ploucs, la Bretagne fascine. Être Breton est un avantage! L'identité bretonne nous dirige, nous conduit à ce qu'on écrit. On peut toucher aussi la diaspora. Il y a un Breton sur chaque motte de terre à travers le monde! 

En quoi l'Ouest influence votre travail?

     Pour Sandrine Pondaven, c'est avant tout la relation humaine. L'influence de la Bretagne, c'est la proximité avec les gens, l'humain dans le choix des projets, des auteurs, etc. Pour un écrivain lorsqu'il commence à écrire, il prend le décor qui lui est familier. Hervé Jaouen explique comment il a planté le décor de La mariée rouge, en suivant l'itinéraire en voiture de ses personnages dans les montagnes noires. Et puis parfois, quitter la Bretagne devient une nécessité pour ne pas s'enfermer dans ce rôle d'écrivain régional. En écrivant sur l'Irlande, Hervé Jaouen voulait se prouver qu'il était capable d'écrire en dehors de la Bretagne.

     Pour les Éditions Emgleo Breiz, Fanch Broudic déclare qu'il ne fait pas que du breton en breton. La langue peut inspirer certains paramètres qui aboutissent à un choix que font l'auteur ou l'éditeur.

Quels sont les atouts et les inconvénients par rapport aux aspects financiers?

     En ce qui concerne les atouts, nous avons des lecteurs en Bretagne! Les librairies continuent à faire leur travail de librairie et nous avons des cafés librairie quasiment unique en France. Quant aux inconvénients, il faut avouer que nous sommes un peu loin de tout. La tournée des salons est un peu complexe et honéreuse. Pour sortir de la Bretagne, il faut pas moins de 2H30. Placer des livres dans les librairies du centre-ville à Paris est parfois difficile.

     Le métier d'éditeur est extrèmement risqué! Rétorque Hervé Jaouen. On mise sur un auteur, sur un livre... Il ne faut pas négliger la partie financière. Il y a beaucoup de gens qui savent prendre des risques pour éditer en Bretagne. Mais il y a des aides du Conseil Général du Finistère (1 ou 2% de la dépense pour un livre) et des subventions nationales. Chaque année, il faut remplir un dossier (30 heures de travail) pour présenter des titres susceptibles d'intéresser la région.

Pour vous l'avenir à l'Ouest? Y a-t-il un genre qui est en train de se démarquer?

     Chez Locus Solus, ils sont très attachés à la relation humaine et sont diffusés par Cap diffusion. "En fonction de nos livres, de nos sujets, déclare Sandrine, on cherche une diffusion nationale. Nous avons édité le premier polar pour les petits ( les enquêtes de John Dœuf de Tristan Pichard), les romans graphiques sons assez tendance, les jeunes générations aiment ça! On a de bons auteurs dans le livre jeunesse mais nous sommes dans une phase de stabilisation. L'illustration est très importante sur une tranche d'âge jusqu'à 12 ans."

Quelle est votre position sur le livre numérique?

     Pour les Éditions Isabelle Sauvage, ils ont réinvesti dans la typographie et utilisent encore une presse qui a un siècle car ils n'ont pas envie d'abandonner l'objet livre. En tout cas ils ne se sentent pas encore prêts. Si cela se posait, ils changeraient de support mais n'y croient pas encore. Grâce au livre papier tout le monde s'y retrouve et la relation auteur/éditeur persiste. Un éditeur ne peut pas vivre sans l'auteur. Ils marchent dans le même sens. L'auteur aura plus de mal à vivre de son livre avec le numérique.

Avez-vous un projet qui vous tient à cœur ou un engagement que vous voudriez mettre en avant?

     Sandrine Pondaven veut juste vivre de son métier avec des gens qu'elle aime. Hervé Jaouen n'a pas de soucis puisqu'il a des projets de livres pour les quinze ans à venir. Son seul souhait étant de pouvoir écrire ces livres qui sont encore à l'état de projet. Hervé Le Cossec continuera à écrire en breton le plus longtemps possible. "J'ai fait pas mal de traductions de BD et de romans. Ce travail-là permet d'avancer dans les deux langues!" Pour Fanny Brulon, Contes et fables du moulin des chiens réalisé avec Gérard Le Gouic sort en mars et conclue qu'il faut être têtu et garder ses objectifs même si ce n'est pas pour demain! Quant à Alain Rebours des Éditions I. Sauvage, il a deux nouvelles collections, l'une est un dialogue entre textes et photographies (textes plutôt poétiques) et l'autre des récits.

     Le monde de l'édition est un peu morose. Les jeunes ont peur de s'investir c'est pouquoi les maisons d'édition sont tenues par des plus âgés encore aujourd'hui mais avec cette table ronde, on se rend compte du contraire. Ces étudiantes ont de la personnalité et savent ce qu'elles veulent. Le principal est de persévérer!

Merci à elles pour leur travail et nous leur souhaitons de concrétiser leurs rêves!

     

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