La Peste d'Albert Camus

    Beaucoup d'entre vous voyez dans La Peste, la représentation et la dénonciation du nazisme. Albert Camus l'a même déclaré à son ami Roland Barthès: "Le contenu évident de La Peste est la lutte européene contre le nazisme." Cependant, ici, je voudrais vous faire découvrir un contenu moins évident, le symbole de ce fléau et ce qu'il représente dans l'histoire. 

     Lorsque nous lisons cette oeuvre, il faut faire attention aux différents personnages. Ce roman met en scène plusieurs personnes auxquelles l'auteur prête des réactions différentes face à la peste. Pour Camus, il s'agit d'étudier les réactions de l'homme face au mal et à la souffrance. Il réussit aussi à insérer dans ce roman, sa théorie de l'absurde. La peste représente la fatalité qui s'abat sur des innocents ou une population banale et sans intérêt, d'où cette grande monotonie lors de la description des Oranais et de la ville d'Oran. C'est une fatalité qui tue aveuglément. C'est pour cela que le personnage de Tarrou, symbole de la sympathie et de la générosité, meurt subitement de la peste. Oui, cette maladie tue même les bons, en épargnant parfois les mauvais. Albert Camus, à travers cette histoire nous apporte ses propres questions sur l'homme et le monde.

     Etant philosophe, il a créé lui-même la question de l'absurde. C'est une confrontation de deux forces: l'appel humain ou la quête d'une cohérence et l'absence de réponse dans le monde qui nous entoure. Chacun des personnages est représentatif d'un groupe de personnes que l'on peut connaître au quotidien:

     Nous avons d'abord le Docteur Rieux, personnage principal du roman et médecin d'Oran. Ce personnage est caratéristique des hommes gardant toujours la tête sur les épaules en cas de grands malheurs. Il est un peu philosophe et se pose beaucoup de questions sur la nature humaine. Pour lui, la peste le fait réfléchir et le rend soucieux en le poussant à comprendre l'homme. On peut y apercevoir là, un lien avec Albert Camus. Il le dit lui-même en 1947:" Le plus proche de moi, ce n'est pas Tarrou le saint, mais Rieux le médecin." Donc, à travers le docteur Rieux, c'est l'homme soucieux du monde et des hommes, gardant son calme et sa sérénité pendant les grands troubles.

     Joseph Grand, autre personnage emblématique du roman, est un homme "raté" dans tous les domaines et est un petit employé de mairie qui ne sait jamais exprimer ce qu'il ressent. Mais c'est un personnage bon qui, tout au long du roman va garder son équilibre de vie et sera serviable envers les malades. Il sera aussi l'un des premiers à guérir de la peste comme si Camus voulait le récompenser de son courage et de son innocence. Mais, à la vue de son nom bien choisi, l'auteur a voulu nous faire comprendre que cet homme était "grand", modeste et héroïque.

     Pour Cottard, nous pouvons observer un personnage contraire. En effet, c'est un homme silencieux, mystérieux et mauvais. Il voit la peste comme un moyen de se protéger des fautes qu'il a commises. Il devient même fou lorsque l'épidémie prend fin et qu'il se fait arrêter pour trafic. C'est un homme qui est heureux de voir le malheur s'amplifier et durer.

     Après le traître, il y a le lâche: Rambert, celui qui ne veut pas voir la vérité en face et qui veut à tout prix fuir le problème et le trouble sous prétexte que sa femme l'attend de l'autre côté du mur. C'est intenable pour lui de savoir qu'il est enfermé ici et que, pendant ce temps, elle vieillit. Il tente de trouver tous les moyens possibles pour s'échapper. C'est un personnage qui milite inconsciemment. Il proclame le droit de liberté et se dresse contre les règles établies à Oran et dont il ne se sent pas concerné.

     Le Père Paneloux, représentation générale du clergé dans le roman, symbolise les croyants face au mal et à la fatalité. Il refuse d'être soigné car juge la peste comme la volonté de Dieu et une punition divine. Aucun être humain ne peut aller à l'encontre de la volonté de Dieu.

     Enfin, Tarrou, personnage célèbre car grand emblème de la sympathie et de la lutte contre le mal, est celui qui va lutter au maximum et inventer l'Organisation des Formations Sanitaires Volontaires. Il ne s'avouera jamais vaincu. Même jusque dans la mort, il se sera battu jusqu'au bout. C'est un des seuls personnages pour lequel Camus donne une vraisemblance, un passé. Si nous observons bien, le passé de Tarrou n'est fait que de lutte pour les droits des hommes comme la lutte contre la peine de mort. Il est donc sensible et compréhensif sur les sentiments et les émotions du monde qui l'entoure. Il est sympathique car il s'intéresse d'abord aux problèmes de son prochain et ne parle jamais des siens. Il est toujours à la recherche de la paix, et l'épreuve de la peste renforce en lui ce sentiment et ce besoin infatigable d'amour entre les hommes.

     C'est une analyse intéressante de La Peste qui consiste à voir comment chaque homme se comporte et réagit face aux malheurs. Il s'agit pour Camus, d'étudier le rôle de l'homme face au mal, à la souffrance et à l'absurde. 

Marie-Louise, stagière de 1ère L pour l'équipe d'Ar Skandéliked.

Quelques nouvelles de Marie-Louise: notre chère stagière vient de passer l'oral du bac français et a été interrogée sur... La Peste! Et oui! la providence en a décidé ainsi. L'extrait choisi fut le sermon du prètre le Père Paneloux. La question de l'examinateur: Quelle interprétation de la peste ce sermon donne-t-il? 

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau