Philippe Vourch ( 09/2015 )

PHILIPPE VOURCH, ECRIVAIN ET PHOTOGRAPHE

 

A propos de LES GENOUX ECORCHES DE PHILIPPE VOURCH, Editions Christophe Lucquin, 2015

Un récit à l'image d'un homme discret, photographe et poète, qui laisse au gré des pages, cette étonnante sensation de vécu. L'histoire en elle-même, émouvante, les souvenirs familiaux bercés par l'amour paternel, un père parmis tant d'autres, avec sa barbe drue, son odeur de tabac, ses yeux bleus... et sa voiture! Une Aronde! Pour ceux qui ont connu les années 70, qui n'a pas roulé sur les routes estivales sous la chaleur, les pieds sur la banquette arrière, vitres ouvertes où le vent s'engouffrait bruyamment. Les baignades et les jeux à la plage, et le retour, le soir, la peau brûlée par le soleil et piquée par le sable. Oui, mais pour celui dont le père, malade, partira trop tôt, dans la solitude, les souvenirs seront les seules armes pour grandir et devenir un homme.

Les genoux écorchés, par delà l'image qu'ils procurent, sont autant de fous rires que d'amers sentiments. L'enfance est un temps où la construction d'un être, en totale progression, souffre de paradoxes. Mais, le lien familial, tissé avec l'amour et l'attention des grands, sait faire des miracles.

 

INTERVIEW DE PHILIPPE VOURCH

1) Le temps des genoux écorchés, c'est l'âge de l'insouciance?

L'âge de l'insouciance brisée. Cette insouciance qui dit que demain sera comme aujourd'hui, bleu et chaud, mais...

2) Vous dites du père qu'il est un héros, celui qui fait rêver, un faiseur de pluie. Est-ce que les pères d'aujourd'hui sont tout cela à la fois?

Je ne dis pas du père qu'il est un héros, je dis justement qu'il est bien plus qu'un héros. Les héros ne vous embrassent pas, ils ne piquent pas, ne vous serrent pas fort dans les bras le soir avant de vous endormir afin d'éloigner les monstres qui peuplent les armoires et le dessous de lits. Je ne sais pas si un père fait rêver. Je crois que l'enfant lui demande simplement chaque matin d'être là lorsqu'il ouvre les yeux. J'espère en tout cas que beaucoup sont des faiseurs de pluie ou de toute autre chose magique aux yeux d'un gosse.

3) Votre récit est une succession de petits riens qui font des journées inoubliables. Il semblerait qu'aujourd'hui on passe souvent à côté des choses simples...

Il semblerait que les choses ont évolué, ainsi que les endroits où nous portons notre regard. Hier, les gosses couraient en culotte courte à travers champs, jouaient d'une branche dans un ruisseau, ou construisaient des cabanes dans les arbres, rentraient les genoux écorchés, un sourire aux lèvres grand comme ça! Je pouvais passer un long moment à observer une colonie de fourmis ou allongé sous un arbre à écouter chaque bruit autour de moi, ressentir les choses, le vent, les parfums, le soleil sur ma peau. Aujourd'hui je vois des gosses de dix ans le nez rivé sur leur portable déambuler dans la rue sans relever la tête ou passer des après-midi entières  rivés sur les marches d'un escalier de  mairie. La plupart ne voient plus les hirondelles arriver; mais peut-être sont-ils désabusés par ce que l'adulte leur propose aujourd'hui. Ce n'est pas un jugement, simplement un constat de l'évolution de notre société et des "bonheurs" qu'elle nous propose. Il en va de même pour l'adulte. Le regard est trop souvent détourné. Difficile aujourd'hui de passer une journée sans être sollicité par une pub, sans être rattrapé par un problème vital comme celui de ne pas trouver une place tout près de l'entrée du supermarché, de rater la promo à prix cassé dont c'est le dernier jour, ou de réserver à temps un billet pour des vacances qui sont devenues, elles aussi "vitales". Les choses simples sont pourtant là, à  chacun de redéfinir ses priorités et de se donner les moyens d'aller les chercher. Peut-être faut-il faire l'éloge de la lenteur et non celle du pas pressé.

4) Etait-il important d'écrire ce livre et pourquoi

Il n'y a pas eu un moment où je me suis dit cela. Je crois qu'il était en moi et que le moment était simplement venu de le coucher. Je l'ai écrit très rapidement, une forme de prose spontanée, si je peux emprunter cela à Kérouac.

5) L'enfance est ce qu'il reste en parallèle de nos vies d'adulte comme un écho rassurant. Qu'en pensez-vous?

Ce n'est pas mon cas. Mais, j'ai fait le choix de n'en garder que le meilleur.

6) Quel est votre livre de chevet?

En ce moment,  A bicyclette de Su Tong, un recueil de nouvelles de l'auteur de Epouses et concubines. Mais, principalement deux livres sont sur ma table de chevet Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages sur les collines de Bukowsky. J'y plonge souvent, lis un  texte ou deux avant de m'endormir. Et puis j'adore cette photo de l'auteur, ce regard au travers d'une volute de fumée. Le second est Haïcus des cinq saisons d'Alain Kervern. Le livret est magnifique. J'adore cette forme d'expression poétique. Elle vous fait croire à une simplicité immédiate et tout à fait accessible. Bien sûr il n'en est rien, c'est un art.

7) Avez-vous un autre projet d'écriture?

J'ai toujours un projet, ce qui pose problème car parfois ils se chevauchent, se bousculent... (sourire). L'écriture m'entraîne, et tellement de chemins se présentent.

8) Vous êtes aussi photographe. N'aimeriez-vous pas associer vos photos avec vos textes?

Lorsque j'avais dix-huit ans, j'avais associé des textes de poésie que j'écrivais aux peintures d'un ami qui était étudiant aux beaux arts de Brest, une expérience que je n'ai absolument pas oubliée tant j'avais trouvé cela riche mais, j'imagine mal refaire la même chose aujourd'hui. Mes projets photos sont complètement séparés de mes projets d'écriture, et pour l'instant ils ne sont que projets."Le temps est la plus petite chose dont nous disposons" disait Hemingway. Je crois bien qu'il avait raison.

9) Avez-vous quelque chose à ajouter à cette interview?

Merci à vous.

Merci à Philippe Vourch d'avoir répondu aux questions d'Ar Skandeliked. Vous pouvez le retrouver sur son blog.

 

 

 

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