Philippe Le Guillou (03/2015)

INTERVIEW DE PHILIPPE LE GUILLOU

     Sa poésie ressemble à la Bretagne. Elle est ce vent du large qui s'égosille dans la plaine, et du haut des montagnes jusqu'aux côtes escarpées, chante aux terres brassées des dunes. Entre l'Elorn et l'Aulne, les mots s'inventent des paysages et les souvenirs s'inscrivent au gré des pages. Les rêveries s'animent dans le creux d'un vallon et la forêt lointaine, puis se poursuivent jusqu'à ces bords de Loire où il aimait tant rejoindre son ami et écrivain Julien Gracq, décédé en décembre 2007.

    Philippe Le Guillou, inspecteur général à l'Education Nationale et auteur de nombreux romans, a publié récemment A Argol il n'y a pas de château, aux Editions Pierre Guillaume de Roux; Un ultime écho à l'écriture de Julien Gracq dont il restera un fidèle lecteur et ami. Philippe Le Guillou a bien voulu répondre à mes questions et je l'en remercie.

L'Inventaire du vitrail (Mercure de France, 1983)

Les Portes de l'apocalypse (Mercure de France, 1984)

Le Dieu noir (Mercure de France, 1987).

Chronique imaginaire du pontificat d'un pape africain, Miltiade II.

La Rumeur du soleil (Gallimard, 1989)

Le Donjon de Lonveigh (Gallimard, 1991).

Un écrivain reclus en Irlande reçoit un jeune critique littéraire.

Le Passage de l'Aulne (Gallimard, 1993).

Livres des guerriers d'or (Gallimard, 1995)

Les Sept Noms du peintre (Gallimard, 1997).

L'histoire d'Erich Sebastian Berg, (Artus, 1997)

Douze années dans l'enfance du monde (Gallimard, 1999).

Les Proximités éternelles (récits, Mercure de France, 2000)

Le roi dort (Gallimard, 2001).

Les Marées du Faou (Gallimard, 2003)

Le Déjeuner des bords de Loire suivi de "Monsieur Gracq" (Gallimard, Folio, 2007)

Fleurs de tempête (Gallimard, 2008).

Le Dernier Veilleur de Bretagne (Mercure de France, 2009)

Le Bateau Brume (Gallimard, 2010).

L'Intimité de la rivière (Gallimard, 2011).

Le Pont des anges (Gallimard, 2012).

Le Chemin des livres (Mercure de France, 2013).

Les Années insulaires, récit (Gallimard, 2015).

La Main à plume (Artus, 1987)

Julien Gracq. Fragments d'un visage scriptural (La Table Ronde, 1991)

Le Songe royal. Louis II de Bavière (Gallimard, 1996)

L'inventeur de royaumes. (Gallimard, 1996)

Chateaubriand à Combourg (1997)

Stèles à de Gaulle (Gallimard, 2000)

Chateaubriand et la Bretagne (Blanc Silex, 2002)

A Argol il n'y a pas de château (Pierre-Guillaume de Roux, 2014)

1) Pourquoi avoir choisi d'écrire sur St Guénolé? St Philippe Néri? Jésus même? Ne voudriez-vous pas écrire sur un saint des temps modernes? St Jean-Paul II par exemple?

     Ce sont les saints lointains qui m'inspirent,  ceux qu'entoure le mystère, ceux dont la vie laisse une part à l'imagination du conteur moderne qui se lance dans une sorte de légende dorée revisitée. J'ai le plus grand respect et la plus vive admiration pour la personne du pape polonais mais je ne me vois pas aujourd'hui lui consacrer un livre. J'ai beaucoup écrit sur des papes imaginaires, Miltiade II, Clément XV. Le pape François m'intéresse énormément et j'ai bien l'intention d'écrire sur lui un jour...

2) Qu'est-ce qui, selon vous, pousse St Guénolé à s'intéresser à la ville d'Ys?

     Il ne s'intéresse pas à proprement parlé. Il est lié à la cité des eaux dans le mythe et la fable. La ville promise à la submersion représente le vice et la débauche,  c'est la cité maudite de la tradition biblique. Guénolé installe le christianisme au moment où doivent s'effacer les forces de la nuit. Le courroux divin ne peut que s'abattre sur la ville proscrite et Guénolé en est l'instrument.

3) On dit que la ville d'Ys est en face de Douarnenez, voire même l'ïle Tristant. Parfois, on dit qu'elle est en face du port de Kérity. Et vous, où la situez-vous?

     Je me garderai  bien de la situer. Elle échappe pour moi à toutes les cartographies réalistes. Elle est fondamentalement dans le songe et le rêve. Comme dans un tableau du musée de Brest, Un soir ma mère a vu la ville d'Ys, qui m'inspire tant!

4) Pourquoi la légende de la ville d'Ys suscite-t-elle autant d'intérêts (peintures, œuvres littéraires, pièces de théâtre)?

     C'est un ferment magnifique pour la rêverie, tout est réuni dans cette histoire, la localisation fascinante, le roi Gradlon vieilli, Dahut princesse des eaux, sirène rouée et séductrice, et la ville qui s'effondre dans un cataclysme marin... Enfant, dans le grenier du Faou, mon grand-père me racontait cette légende. Mon émotion, intacte, s'enracine dans ce souvenir. Je croyais entendre rouler les vagues déchaînées. Et j'allais ensuite admirer Guénolé sur la verrière centrale de la somptueuse église de Rumengol.

5) Livres des guerriers d'or est un hymne poétique, un mélange de légendes celtiques. Ne seriez-vous pas inspiré pour écrire sur la légende de Tristant et Iseult?

     J'ai déjà écrit, il y a vingt ans, une songerie tristanienne sous le titre L'orée des flots. Le massif arthurien et celtique a une importance capitale pour moi. J'y reviendrai sans doute un jour prochain... mais une œuvre ne se programme pas, elle a ses détours, ses aléas, ses surprises...

6) Comment définiriez-vous la poésie?

     Pas plus que je ne situe la ville d'Ys, je ne définirai la poésie que je crois bien présente dans mes romans. C'est dans la prose que je l'aime, je tiens à ce qu'elle infuse le récit, la trame narrative, elle affleure dans mes romans lorsqu'il s'agit de décrire et de célébrer le monde élémentaire, essentiel dans cet univers celtique qui m'est cher. Mais je suis avant tout un romancier, féru de prose poétique.

7) Vous avez une très  grande admiration pour Julien Gracq. Pourquoi avoir écrit autant sur lui? N'avez-vous pas peur de vous répéter? A Argol, il n'y a pas de château, votre dernier ouvrage, marque à la fois deux absences: celle de Julien Gracq qui nous a quittés en 2007 et que vous aimiez retrouver sur les bords de la Loire, mais aussi l'absence de ce château à Argol. Qu'est-ce que cela représente pour vous ces deux absences? Le titre est un coup de poing reçu en plein cœur! C'est une part de rêve qui disparaît...

     Je ne crois pas redire la même chose, je reviens toujours avec joie et une forme de ferveur vers une figure capitale, un intercesseur. J'ai admiré l'écrivain puis j'ai aimé l'homme à qui j'ai rendu visite dans son hermitage des bords de Loire pendant quinze ans. C'est une rencontre littéraire et humaine essentielle pour moi. Quant au château, il n'est pas absent mais invisible, présent comme la ville d'Ys derrière le voile et les brumes du mystère. Et la lecture est cette quête magnétique qui permet de l'appréhender.

8) Vous êtes inspecteur à l'Education Nationale. Pourquoi les lycéens n'étudient-ils pas Julien Gracq?

     Je me garderai, en ma qualité d'inspecteur général, de donner des prescriptions en matière de lectures scolaires. Les professeurs ont toute liberté. Il est vrai que j'aimerais que Gracq fût plus présent  dans les classes et dans le milieu littéraire en général. On ne peut pas dire que les critiques se soient précipitées pour saluer l'inédit qui vient d'être publié cet automne. Comme s'il s'agissait de faire payer à Julien Gracq son statut de classique vivant matérialisé par l'entrée en 1989 dans la célèbre Bibliothèque de la Pléiade. En 2007, j'ai fait inscrire au programme des agrégations de lettres deux textes de Gracq, Un balcon en forêt et La Presqu'île. Il avait été sensible à ce geste. C'était peu de temps avant sa mort. Il me l'avait confié dans le salon austère de Saint-Florent-Le-Vieil où la nuit commençait à tomber... Tout ce qui était de nature à vivifier la "société secrète" de ses lecteurs ne lui était pas indifférent...

9) Avez-vous quelque chose à ajouter à cette interview?

     Ce ne sont pas les paroles d'un écrivain qui comptent, c'est la voix qui monte de ses livres.

     

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