Père René-Luc (02/2014)

INTERVIEW DU PÈRE RENÉ-LUC

    Vicaire et aumônier à la paroisse étudiante Sainte Bernadette de Montpellier, le Père René-Luc a publié en 2008 aux Éditions Presse de la Renaissance "Dieu en plein cœur" (tous les droits d'auteur sont reversés pour la formation des séminaristes). À travers ce livre, il nous offre une belle histoire de conversion, de réconciliation et d'espérance, dans un monde actuel toujours aussi violent, plein d'orgueil, d'individualisme et de consumérisme. Cependant, on se rend compte grâce à son témoignage, que Dieu est bien présent dans nos vies mais qu'il faut savoir lui donner la possibilité de nous toucher en plein cœur!

     Le père René-Luc a participé à de nombreux rassemblements de jeunes en particulier en courant aux quatre coins du monde pour n'oublier personne sur son chemin. Il est disciple du XXIème siècle comme il faut en avoir connu de tel pour vivre dans la plénitude et donner un véritable sens à sa vie. Malgré son calendrier chargé, il a bien voulu me donner rendez-vous pour répondre à mes questions. Je l'en remercie très chaleureusement.

 Vous avez eu un très grave accident de moto en avril 2012. Comment allez-vous aujourd'hui?

Cela a été un moment assez douloureux à vivre mais il faut tourner la page. J'ai toujours des séquelles physiques, c'est un peu compliqué dans mon quotidien, mais cela aurait pu être tellement pire que je remercie le Seigneur de m'avoir permis d'être toujours sur mes deux jambes!

Qu'est ce qui vous a poussé à écrire "Dieu en plein cœur"?

Très vite après ma conversion, j'ai eu l'occasion de témoigner oralement. Mais, par discrétion et respect pour ma mère et mes frères et sœurs, je refusais que cela soit mis par écrit. Un jour, un journaliste, Luc Adrian, a insisté, me disant que la publication de cette histoire pourrait rejoindre un très grand nombre. J'en ai parlé à mon directeur spirituel qui m'a dit d'écrire ce témoignage pour lui sans en parler à personne. Lorsque j'ai achevé d'écrire mon texte, il m'a dit poussé à le publier car il sentait que je n'avais pas de comptes à régler avec mon passé, et que je ne cherchais pas à me mettre en avant. J'ai donc envoyé le manuscrit à mon évêque qui me la renvoyé en corrigeant les fautes! C'était amusant et surtout le signe qu'il confirmait  ma démarche. Je l'ai ensuite envoyé à ma famille et tous m'ont donné leur accord. Ce n'est qu'ensuite que j'ai contacté mon éditeur qui a été très enthousiaste de ce projet. Le livre a très vite atteint les 10000 exemplaires et aujourd'hui, il a dépassé les 30000.

Je viens de lire le livre de Tim Guénard, "Plus fort que la haine". Comme lui, vous avez connu la délinquance mais aussi des gens incroyables puis la conversion. Comme lui, vous avez également rencontré Marthe Robin, Mère Teresa et Jean-Paul II. Comment expliquez-vous cela et qu'est-ce que ces rencontres vous ont apporté?

Tim Guénard a aussi publié son livre aux Presses de la Renaissance. Ce genre de témoignage touche beaucoup de gens. Je ne peux pas comparer ma rencontre avec Marthe Robin à celle de Tim Guénard car lui l'a vue de son vivant et moi sur son lit de mort. Mais Marthe Robin a vraiment marqué ma vie sacerdotale. Quand à Mère Teresa, elle est pour moi le symbole de la tendresse. Ce fut un moment inoubliable. Elle a pris mon visage dans ses mains et m'a dit en latin:  "Tout à Jésus par Marie". Quand vous rencontrez quelqu'un comme Marthe Robin ou Mère Teresa, vous êtes forcément bouleversé...

À la fin de votre livre, vous vous demandez ce que deviendront les détenus de la prison de l'île d'Elbe avec qui vous avez joué la passion du Christ. Avez-vous eu des nouvelles d'eux?

Non, mais j'aimerais beaucoup. Mon livre n'est pas traduit en italien. Pour cela, il faut que le pays en fasse la demande. Je pense que si un jour on arrive à le traduire en italien, je retournerai à la prison de l'île d'Elbe pour parler de ce passage. J'espère que Dieu me permettra cela. À la grâce de Dieu!

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus disait: "Jamais le Bon Dieu ne donne de désir qu'il ne puisse réaliser." Votre désir d'écrire ce livre comme pour beaucoup d'autres initiatives de votre part semblent avoir été des choix approuvés par Dieu! Comme savoir ce que Dieu attend de nous?

Ce qui aide beaucoup pour discerner les appels de Dieu, c'est d'être suivi par un même directeur spirituel qui vous connaît bien de l'intérieur. On est alors dans une vraie relation d'écoute. Un vrai père spirituel, on n'en trouve pas beaucoup dans une vie! L'expérience de l'obeissance inconditionnelle et confiante, dire que l'on ne peut pas se guider soi-même c'est ce qui permet au Seigneur de nous amener sur des chemins qui nous dépassent un peu. Il faut entrer dans un chemin d'obeissance. C'est le point le plus important pour comprendre ce que Dieu attend de nous.

J'ai l'impression que dans chaque conversion, ou progression dans notre foi, il y a une rencontre déterminante, comme si Dieu finalement se voulait très discret et en même temps très présent. Est-ce cela la liberté que Dieu nous donne?

Comme vous le dites, c'est un juste équilibre entre les deux. Dieu est un Dieu présent mais qui nous laisse libre. Plus on va s'approcher de Dieu et plus on va donner la liberté à Dieu d'agir librement avec nous.

Vous dîtes que les jeunes sont les mieux placés pour convertir les jeunes. Mais je sais que pour ceux qui croient, même au sein de leurs camarades, ils sont critiqués et moqués.

La difficulté est la même pour les jeunes comme pour les moins jeunes! Pour moi comme pour eux, c'est difficile surtout dans notre société actuelle mais il faut savoir être attentif. Qui mieux que les jeunes pour convertir d'autres jeunes! Paul Claudel disait:"Ne parlez pas de Dieu tant que l'on ne vous pose pas de questions, mais vivez de telle manière qu'on vous pose des questions!" Je suis d'accord avec cette idée qui nous invite à la cohérence entre notre vie et notre témoignage. Mais en même temps, je ne suis pas d'accord car cela semble dire qu'il faut attendre que les gens nous posent des questions pour parler de notre foi. Or, les gens aujourd'hui sont complètement dans l'indifférence, et vous avez beau être souriant, généreux, parfait, les gens ne vont pas vous arrêter dans la rue pour vous demander quel est votre secret! Il faut annoncer délicatement mais avec audace, y compris à ceux qui n'attendent rien de nous!

Vous citiez une phrase de Claudel sur l'évangélisation. C'est vrai qu'elle est intéressante mais en même temps contestable comme vous dîtes. Il y en a une, en revanche, qui est très juste. C'est sur la souffrance. Avec votre accident et les séquelles, vous devez certainement la comprendre. "Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance, il n'est pas venu l'expliquer, il est venu la remplir de sa présence." Qu'en pensez-vous?

Elle est très juste. J'aime la dire souvent. Là où se trouve la souffrance, il y a comme une présence de Dieu en "concentrée"...

J'ai lu dans un article de Famille Chrétienne, qu'un prêtre disait que pour inciter les jeunes à aller à la messe, il faudrait qu'ils y aillent plus souvent. Qu'en pensez-vous?

C'est un sujet délicat. Il y a des jeunes qui seront poussés par leurs parents toute leur enfance pour aller à la messe. Certains seront écœurés alors que d'autres non. C'est souvent dans la persévérance que Dieu se manifeste. À un moment il peut y avoir un déclic.

Dans le pays bigouden (Finistère sud) aujourd'hui, il y a vraiment une misère spirituelle. Pourquoi vouloir toujours privilégier les grandes villes d'étudiants alors qu'il y a plein de jeunes ici que l'on pourrait évangéliser?

Je ne sais pas si c'est le terme "privilégier les grandes villes" qui convient. Le pape François dit dans son exhortation apostolique que la foi s'est répandue dès les origines depuis les grandes villes. C'est à Jérusalem que Jésus a commencé à prêcher. La chrétienté a commencé à Rome. Ce n'est pas qu'elles sont privilégiées mais c'est de là que peut repartir un élan. Pendant plusieurs générations en France, le rural a pris des bases de foi plus importante que dans les villes. Mais aujourd'hui, les zones rurales s'essoufflent, que ce soit au niveau de la vie en société (le café, la poste, l'école et même parfois la mairie ont déserté les villages), ou au niveau de la pratique religieuse. Alors, il faut peut-être repartir de là où se rassemble la société aujourd'hui: dans les villes.

Prenez l'exemple d'un plateau à œufs en marbre. Le plateau représente le diocèse, et chaque trou les anciennes paroisses. Dans chaque trou, il y avait auparavant un vrai feu spirituel, mais petit à petit, ce feu s'est éteint et il ne reste que de la braise qui menace de devenir petit à petit de la cendre. Or, lorsqu'il n'y a plus de flammes, il n'y a plus de lumière. La solution peut être serait de secouer le plateau et de rassembler ces braises pour que le feu reparte, et qu'il y ait à nouveau des flammes qui réchauffent et éclairent. C'est dans les grandes villes que peut repartir un certain feu pour enflammer les plus petites...

Avez-vous quelque chose à ajouter à cette interview?

Je suis heureux de voir que votre blog permet de faire l'écho sur vos lectures appréciées. J'espère que les lecteurs seront ravis de cet échange et je vous remercie de tout cœur.

Merci à vous Père René-Luc pour votre collaboration.



Commentaires (1)

Marc PICARD
  • 1. Marc PICARD | 01/02/2014
Je suis heureux d'avoir lu ces propos du Père René Luc !
moi qui cherche la rédemption de mes fautes, j'aurai peutêtre la chance de la trouver un jour !

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