Lorette Nobécourt (10/2014)

La démangeaison, Sortilèges, 1994; Grasset, 2009

L'Equarrissage, Dix, Grasset/ Les Inrockuptibles, 1997

La Conversation, Grasset, 1998

Horsita, Grasset 1999

Substance, Pauvert, 2001

Nous, Pauvert, 2002

En nous la vie des morts, Grasset 2006

L'Usure des jours, Grasset, 2009

Grâce leur soit rendue, Grasset 2011

La Clôture des Merveilles, Grasset 2013

Patagonie Intérieure, Grasset 2013

INTERVIEW DE LORETTE NOBECOURT

     J'ai rencontré Lorette, un soir de juillet. Nous étions six à l'attendre ce soir-là sous les deux cerisiers, tous très impatients. Nous avions rendez-vous avec elle pour un atelier d'écriture. Trois jours intenses où nous travaillerions aux mots, aux sons de nos voix, au verbe, à la langue de Molière. Quelle folie délicieuse nous a pris de nous inscrire? L'inconnu nous dévorait l'esprit, nous happait par ses mots silencieux, ses pensées secrètes. Mais le chant de nos vies, cette surprenante mélodie de l'âme nous rendit au plaisir de la langue et nous avons écrit, écrit, écrit. Jeux de mots, fruits du hasard, et voilà Lorette! Fleurs des champs sous l'orage et la pluie qui battait sur les vitres, tous ces livres sur la table, effeuillés, dorlottés, chahutés. Sons, sillons, le cœur a ses raisons que la raison ignore... le monde est rond, rond comme le ricochet, la bulle de savon, l'œil du cyclone. Les vents contraires se déchaînent et nos dos courbés se redressent. C'est cela l'écriture, celle de Lorette, d'Antoine, Eva, Sandra, Marie-Thérèse et Christine. La mienne aussi. Je jette, au creux des pages, cette belle interview. Un hommage!

1)Comment es-tu arrivée à l'écriture?

Du plus loin qu'il m'en souvienne, j'ai toujours écrit. J'ai retrouvé il y a quelques années des morceaux d'histoire tracés sur du papier d'écolier d'une écriture enfantine. Cela a toujours été un espace de liberté. Le seul, à dire vrai où je vivais la liberté.

2) Quel est ton livre préféré si tant est que l'on puisse en choisir un?

Il m'est impossible de nommer mon livre préféré. Cela dépend des moments, des époques de ma vie, de mes soifs.

3) Qu'est-ce qui te fera aimer un roman?

Le processus alchimique de transformation, le niveau de conscience, le rapport vrai à la langue. Tout ce qui fera que je ne serai pas la même au sortir de sa lecture, qu'il m'aura transformée, éclairée.

4) Pourquoi avoir choisi de parler d'Hildegarde de Bingen?

C'est une femme présente dans ma vie depuis très longtemps sans que je sache pour autant qui a pu m'en parler ni me la faire connaître. Evoquer Hildegarde de Bingen c'était pouvoir parler de mon rapport au mystère, au religieux, au sacré, en toute liberté.

5) Dans beaucoup de tes livres, il y a un thème  récurrent à savoir la recherche de la solitude. Est-ce si important la solitude?

La solitude est pour moi l'espace de l'opulence où peut avoir lieu l'essentiel. Elle est liée au silence où peut surgir la voix intérieure, le divin.

6) Il y a beaucoup de poésie dans  tes livres. Quel serait pour toi la définition du mot "poème"?

La poésie est pour moi le point où se tient rassemblée toute la langue. Un espace où je me sens absolument aimée et aimante. C'est ce que je recherche partout: dans les livres, à travers une relation, un paysage, une musique, un mot. La poésie est l'essence même de la vie.

7) Tu as créé En vivant, En écrivant. A quelle occasion est venue cette idée d'atelier d'écriture? Pourquoi ce nom?

L'atelier d'écriture est venue d'un désir très fort de transmission. J'ai voulu témoigner auprès d'autrui de mon immense amour de la vie, de la langue, de ma confiance infinie dans l'amour divin. Le nom vient d'un titre d'un petite livre de l'écrivain Annie Dillard qui évoque ce sacré métier d'écrire.

8) Pour l'avoir vécu moi-même, cet atelier permet de découvrir une part de soi que l'on aurait occultée, une recherche intérieure, une retraite. Comment expliques-tu cette seconde peau qui se déchire? Est-ce cela "sortir de sa clôture" dont tu aimes parler si souvent?

Déchirer cette seconde peau c'est entrer en soi, dans sa propre clôture, cet espace de l'intériorité où vit notre être véritable loin de l'artifice de la personnalité sociale. C'est l'espace de la vérité dans lequel prend racine toute écriture véritable.

9) Dans Patagonie intérieure, tu dis "être arrivée au bout de monde, au bord du monde." Chacun trouve finalement son bout du monde. Cependant, pour reprendre la vision de Xavier Grall, nos bouts du monde peuvent être nos recommencements, des nouveaux départs plutôt que des arrivées ou des fins.

Oui, le bout du monde est toujours le seuil d'un nouveau champ de conscience.

10) As-tu quelque chose à ajouter à cette interview?

J'ai envie d'ajouter que l'amour est absolument partout et qu'il nous revient de nous désencombrer pour le laisser circuler en nous. Ainsi, travailler sur soi, c'est conquérir la paix et s'ouvrir. C'est ce que je cherche.

Merci à Lorette Nobécourt pour sa participation à cette page du blog.

Commentaires (1)

Zappulla
  • 1. Zappulla | 10/10/2014
Merci Chère Caroline pour ce témoignage et ce partage ! Quelle belle et émouvante surprise. Je lis ces lignes et me revient la grâce vécue le long de ces 3 jours avec L., avec vous. Oui, "l'Amour est partout",
Merci.
Sandra

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