Lettre ouverte à Yann Queffélec (12/2013)


Suite à un article paru en mai 2013 dans Bretons magazine où Yann Queffélec était interviewé au sujet de son Dictionnaire amoureux de la Bretagne, l'écrivain jetait l'opprobre sur Xavier Grall, le critiquant ouvertement en concluant "D'ailleurs, qui de nos jours lit Xavier Grall?" Il est un fait qu'il n'a pas tenu compte des lecteurs assidus qui n'ont pas manqué de répondre au magazine. Madame Grall d'ailleurs m'a fait part de sa grande peine. Je souhaitais à mon tour réagir aux propos de Yann Queffélec. On peut parfaitement ne pas aimer un auteur sans pour autant être malveillant non seulement vis-à-vis de l'auteur lui-même mais aussi de sa famille et de ses lecteurs par la force des choses.


LETTRE OUVERTE À YANN QUEFFÉLEC

"Quel Proust en velours côtelé, sondant la mémoire rurale, saura dire les bruits disparus? Je cherche quant à moi, dans mes souvenirs, les sonorités bretonnes du temps jadis." Et parlez-moi de la terre, Xavier Grall, Éditions Calligrammes

      Monsieur,

     Permettez-moi en ces temps avancés où résistent les souvenirs d'une vie pleine de sens, sens du devoir, du travail, de la famille et de tant d'autres choses encore, je me dis qu'il est bon de se rappeler d'un homme bien ancré dans mon cœur et dans mes lectures quotidiennes.

     À lui seul, son nom qui est aussi riche de sens, retient mon souffle. Son nom vient du mot gratlon, c'est-à-dire le grat, la grâce et de lon, qui veut dire plein. Comment ne pas évoquer aussi le fameux "vase sacré" qui aurait contenu le sang du Christ? Quel beau nom n'est-ce pas! Il ne l'a pas choisi. Il l'a pris comme un don... Xavier Grall! le portera sur ses frêles épaules, et de son caractère bien trempé à l'homme courageux, plein de poésie, de rudesse et d'amour, il vivra jusqu'au bout, déçu par la France mais si fier d'être Breton. Coléreux, oui, il l'était. Mais son regard étant tourné vers Dieu, il fera son mea culpa de nombreuses fois : "Dieu ne s'est pas retiré tout à fait de ce qui vit, de ce qui naît, de ce qui remue à la surface de la terre. Il a laissé, à chacun et en tout, les traces de sa présence." L'inconnu me dévore, Xavier Grall, Éditions Calligrammes.

     Vous n'aimez ni le journaliste, ni l'écrivain, ni le poète, encore moins l'homme! À votre aise! Mais ne jugez pas un peu vite celui qui a marqué son temps et qui, ne vous déplaise, continue d'être lu!

     Dans l'âpreté de votre discours, j'y vois un manque de poésie. Certes, tout le monde n'a pas cette vision des choses, ni même la politesse des gens de lettres parfois lourds, parfois loquaces, un brin bourgeois. Chacun a sa propre définition du poème ou de la poésie, en fonction de qui il est, de ses errances, coup du sort, chemins de croix, joyeuses parenthèses ou vie trépidante. Tiens! Je connais un autre journaliste, poète également, portant le prénom de Xavier... décidément! Lui aussi travaille pour un journal catholique! François-Xavier Maigre parle de "propos décousus qui de fil en aiguille habillent un peu la vie." Avez-vous un jour habillé vos écrits de propos décousus pour faire de votre vie et celle de vos lecteurs une éclatante floraison de couleurs, de parfums et de chants?

     Votre Bretagne, Monsieur, regorge tout autant de clichés qu'il y a de souvenirs dans la tête des touristes: "pays du vent, des partances, les pêcheurs, les bateaux, les pardons, les bretonnes et Bécassine en prime!" Dictionnaire amoureux de la Bretagne, Yann Queffélec. Et pourquoi pas : crêpes dentelles, coiffes et boutou coat, palud, rias, clochers et calvaires!

     Si vous aimez autant votre Bretagne, abandonnez les fastes de la capitale pour une retraite sous la voûte des arbres bossus, courbant l'échine durement au devant des tempêtes et la marée montante d'une noria de tracteurs!

     Soyez le jeune homme riche à qui le Christ demande de tout laisser pour le suivre. Courage! Votre paradis vous attend, loin des carrières et des prix! Alors seulement, votre richesse à vos yeux devenus plus cléments, sera celle d'être vrai, pour une fois, de mettre un peu de poésie dans votre vie et de savoir aimer, comme Grall aima : " tout ce qu'il est possible d'aimer." " Je ne regrette pas cette avidité tremblante. J'ai donné, j'ai jeté ma vie, dans les bars et dans les cœurs. Je fus comme une auberge jamais fermée. J'ai jeté ma vie dans les rapsodies, les sagas, les ballades. J'ai aimé les matins et les soirs. Et les arbres. Et les bergeries. Et toutes les demeures humaines plantées dans l'éternel poème de la création. Quelle grâce insensée, presque tragique à force d'être violente!" L'inconnu me dévore, Éditions Calligrammes.

Kénavo Monsieur Queffélec!

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