Jehanne Nguyen (03/2016)

 

 

INTERVIEW DE JEHANNE NGUYEN

VIOLETTE, aux éditions Quasar, 2015

 

Vivre une histoire d'amour sans crier gare, c'est vivre une infinité de bonheurs et d'exaltations. Pourtant, vivre cet état d'ataraxie, cette intensité gratuite et démesurée, est d'autant plus douloureux qu'elle se finit dans la douleur. Mais, l'histoire se finit-elle vraiment ?

Pour Jehanne Nguyen, la mort n'est pas une fin en soi. Elle est un nouveau départ, un cheminement, une longue descente pour remonter vers l'espérance. Nous ne sommes jamais seul face à sa propre douleur...

Violette est un livre où la joie demeure. Un moment d'une grande intensité.

J'ai rencontré l'auteure lors d'une de ses conférences un soir de novembre à Brest. Une personnalité pleine d'enthousiasme et de questionnement sur l'être humain.

 

 

1) Violette est votre premier roman. Qu'est-ce qui donne le courage de se lancer dans l'écriture ? Et comment cela se passe-t-il ?

Je suis médecin généraliste avec une spécialité en psychiatrie. Rien à voir donc avec une formation de lettres. Mais, j'avais envie d'exprimer quelque chose à travers un roman. Il allait ainsi me servir à parler de l'amour, de la mort et de l'existence de Dieu.

Plus jeune, j'avais écrit des petites histoires, des nouvelles de quelques pages. Petite, je tenais un journal intime, mais j'ai toujours aimé écrire des lettres à mes amis, ma famille.

Terminer une histoire qui se tienne était un challenge ! J'ai mis deux ans à peu près, juste après avoir arrêté de travailler. Il faut se donner un rythme et s'y tenir tous les jours. C'est un peu comme une actrice qui enfile un costume. L'histoire s'est construite petit à petit avec cette même question qui me poursuivait : « qu'est-ce qu'on fait de l'amour lorsqu'il n'est plus possible ? »

2)Vos personnages ont-ils été inspirés par des personnes réelles ?

Non, quelques petits détails cependant. Samuel apprend à jouer de la guitare, comme mon

mari. Ou encore, Samuel met du maïs dans tous ses plats, comme mon frère. Quant à Violette, elle a des traits de ma personnalité. Mon mari a vécu une conversion forte et soudaine et cela m'a inspirée. Je me suis dis que cela pouvait exister, comme pour Claudel aussi.

 

3) Qui a choisi le titre ? Et les prénoms de vos personnages ?

Au début, j'avais choisi «  Que ta volonté soit fête » mais l'éditeur l'a trouvé à consonance trop chrétienne. Il a proposé Violette.

Pour le prénom de Violette, je ne connaissais aucune Violette et voulais créer une personne à part entière avec un prénom d'aujourd'hui, assez moderne. Quant au prénom de Samuel, c'est un prénom que j'aime énormément et il était biblique donc cela avait du sens car c'est lui qui anime la vie de Violette. Et puis, Samuel et Violette, c'était un peu comme Roméo et Juliette... !

 

  1. Pourquoi avoir choisi des versets de la Bible à chaque changement de chapitre ?

    C'est une manière pour moi de montrer que l'on peut relier l'histoire sainte de la Bible à notre propre histoire. On fait des erreurs, on a des doutes... J'ai cherché les versets qui correspondaient aux chapitres.

 

  1. Dans votre livre, on retrouve bien les quatre temps du deuil. Votre métier vous a-t-il aidée?

    C'est venu tout naturellement même si mon parcours professionnel n'y est pas pour rien, je dois le reconnaître. Si on perd celui qu'on aime, on est tenté par le suicide, la folie, la culpabilité. On est confronté d'abord au choc, puis à l'absence, le désespoir avant de pouvoir se reconstruire.

 

  1. Comment avez-vous fait le choix de la couverture ? De la ville où se situe l'intrigue?

    L'éditeur m'a proposé trois images toutes avec une jeune femme de dos. Il m'a demandé celle que je préférais. Pour la ville, il est plus facile d'écrire sur une ville qu'on connaît bien. Ici, c'est Brest même si elle n'est pas nommée. Elle porte l'histoire. C'est une ambiance de gris, un peu pesante comme l'histoire en elle-même. Mais elle est attachante car on sent que Violette aime sa ville.

 

  1. Avez-vous réussi à vous détacher de votre héroïne ?

    Oui, mais cela m'a pris du temps et je suis contente que l'histoire de Violette soit à d'autres maintenant. Le lecteur la reçoit comme il veut : il peut l'aimer, ne pas l'aimer, la comprendre à sa manière. Sur internet, il y a quelques blogs qui en parlent. C'est comme ça que j'ai des retours, qu'ils soient positifs ou négatifs. On a le regard que l'on y porte. Il y a des hommes aussi qui ont aimé. Chez l'éditeur, mon premier lecteur a été un homme et il a beaucoup aimé.

  2. Votre livre est-il un livre spirituel ?

Je dirais oui et non. C'est un livre qui parle d'abord de la vie, et qui fait la part belle à la vie intérieure, la vie spirituelle. Pour moi, on ne peut pas séparer vie intérieure et vie concrète, elles sont intimement liées. Je suis contente qu'on trouve le livre au rayon littérature française plutôt que religion car il ne s'adresse pas qu'aux croyants. J'ai d'abord voulu parler de la souffrance sans l'édulcorer, que l'on puisse la reconnaître, et rappeler que personne n'est à l'abri d'elle. Je ne voulais pas choquer, mais montrer quelque chose de la vraie vie; cela se passe parfois comme ça dans la vraie vie, dans nos façons de vivre des deuils, ou tout autre perte d'ailleurs. Et puis j'ai voulu parler d'amour, évidemment! Même si Violette ne connaît pas encore Dieu, elle connaît l'amour vrai qui fait passer l'autre avant elle. Avant de rencontrer Dieu, il faut être sur le bon chemin, et ce chemin beaucoup peuvent l'emprunter, avec ou sans la foi.Quant au style du roman, il était important pour moi qu'il soit écrit à la première personne du singulier et au présent, pour rester proche du lecteur, et ainsi permettre à Violette de transmettre sa joie, sa douleur. Ne pas mettre de filtre. Le style devient fou quand Violette devient folle. C'est comme le déroulement de la pensée. Je pense que mon style ici sert l'histoire.Enfin, je n'ai pas écrit Violette en imaginant qu'il sera un "outil d'évangélisation" . Il y a une forme de gratuité dans l'art. Ce n'est pas pour manipuler les gens. C'est d'abord pour moi que j'ai écrit, pour exprimer ma vision de l'amour, de la mort. Ce n'est pas parce qu'on est chrétien qu'on a des réponses toute faites. Après, que cela puisse toucher certains, oui, tant mieux. Il faut laisser du temps au temps. La vie est un cheminement.

Merci à Jehanne Nguyen pour cette interview.

Caroline Constant pour Ar Skandeliked

 

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