Marianne Sluszny ( 12/2015 )

     La commémoration de la guerre 14-18, des moments émouvants en France et en Belgique...  Avec Marianne Sluszny, des documentaires et un livre de nouvelles " Un bouquet de coquelicots" Editions de La Différence, 2014. Des voix s'élèvent dans le chaos, petites, simples, mais avec force et courage. Voilà ce que l'on peut retenir de cette guerre. A tous ceux qui sont morts pour notre liberté, c'est aussi rendre hommage à ceux d'aujourd'hui,  un 13 novembre...

Merci à Marianne Sluszny pour son interview reçue quelques jours avant le 13 novembre... elle aurait aimé ajouter quelques réflexions personnelles à ce sujet.

 

INTERVIEW DE MARIANNE SLUSZNY

  1. Votre recueil de nouvelles sur la première guerre mondiale était-il programmé pour commémorer son centenaire et rendre hommage à ces hommes et ces femmes courageux ? Ou est-ce une idée que vous aviez depuis longtemps?

Dire que le recueil a été progammé pour la commémoration du centenaire de la guerre 14-18, c'est est peu exagéré... Mais quand même...

Il se fait que depuis avril 2011, j'avais été désignée par la RTBF ( pour laquelle je travaille maintenant depuis plus de trente ans) pour mettre sur pied des projets de documentaires pour l'événement. Je passe ici les étapes de la construction des projets, de leur écriture et de sa production, ce n'est pas le sujet. Je précise juste que nous avons (avec toute une équipe) réalisé trois de documentaires de 90', une série intitulée «L'Histoire Belge» et qui traite, comme son titre général l'indique, de la guerre 14-18 en Belgique. Ces documentaires ont été diffusés en mai 2014 sur les antennes RTBF, trois semaines d'affilée. Puis sur TV5. Il y a eu également une édition DVD de ces productions.

Tout ceci pour dire que j'ai été immergée dans l'histoire de cette guerre.

J'ai (entre autres) écrit les scénarios et ce type d'écriture m'a laissé un goût de «trop peu». J'ai eu envie de créer des personnages, de «libérer» mon imagination du «carcan» du documentaire historique et de donner un corps et une âme à certains faits (que je trouvais particulièrement émouvants ou trop peu connus).

Vu que mon désir était d'«inventer» des destins et pas UN personnage, le recueil de nouvelles s'est imposé «naturellement» à moi.

Il faut dire que j'avais fait un coup d'essai parce que le service littéraire de la Fédération Wallonie Bruxelles (institution représentative des francophones de Belgique) m'avait demandé d'écrire une nouvelle de mon choix pour leur opération « La fureur de lire» et que j'avais choisi l'histoire que je ne révélerai pas ici(!), qui est devenue par la suite la première nouvelle du recueil.

       2. Comment se sent-on après?

Etrange question. Concerne t'elle le sentiment éprouvé lorsqu'on termine un roman? Ou précisément le recueil «Un bouquet de coquelicots»?

Pour moi, ce sont des expériences différentes.

Mes deux romans «Toi Cécile Kovalsky» (2005), «Le frère du pendu» (2011) sont du registre de l'Histoire/histoire familiale. Cela a draîné beaucoup de souvenirs et provoqué en moi pas mal d'émotions. Lorsque j'ai mis un point final à ces romans et surtout lorsque l'éditeur a pris le relais (le moment où «on lache») j'ai éprouvé des sentiments mêlés: soulagement de sortir du «bain»( on macère un peu.. beaucoup), sentiment de réalisation mais aussi une légère dépression «post partum», une impression de viduité.

Pour «Le bouquet de coquelicots» c'était différent. J'ai été heureuse d'incarner en personnages des destins de gens qui auraient pu exister. Cétait une sorte d'accomplissement.

Ceci dit, il y avait une pression du côté des dates de finition ( mon éditeur voulait, à raison, que le livre paraisse en janvier 2014) et c'était pour moi un peu difficile parce que cela s'est échelonné pendant et après une période très dure de ma vie, la maladie puis la mort de mon homme, Guy Lejeune, en août 2013.

 

  1. Il y a dans la vie des rencontres qui permettent d'avancer, de grandir. Y a-t-il eu une rencontre déterminante dans votre vie?

Dans «la» vie sans doute. Pour ma part, j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup de gens intéressants, pas seulement pour leur savoir et/ou leurs dons mais aussi (et surtout) humainement.

Une rencontre déterminante? Celle de Guy Lejeune. Nous avons vécu 27 ans ensemble. Nous nous sommes rencontrés à la RTBF où il était (excellent) réalisateur. Je ne m'étendrai pas sur l'aspect «personnel», ce n'est pas le sujet. Nous avons travaillé 15 ans ensemble: des émissions littéraires, des portraits d'écrivains, des documentaires culturels... beaucoup de réalisation sur les lettres et artistes belges. Nous avons partagé énormément. J'étais la cadette de 10 ans. Il m'a fait découvrir beaucoup de choses. Du métier, de la manière dont on forge des images qui ont du sens... et bien sur au niveau culturel... il avait une culture immense ( et bien organisée, avec des passerelles qui font sens), culture cinéma, littéraire, picturale, musicale, historique... Oui, nous avons partagé énormément...

       4. Quelle serait pour vous la pire des vieillesse?

Solitaire, malade et pauvre. Mais comme dit la petite blague «Il vaut mieux être jeune, entouré, riche et en bonne santé que vieux, seul, pauvre et malade»!

       5. Pour vous, est-il plus facile de s'exprimer par écrit ou par oral ?

C'est très différent. Je m'exprime plutôt bien et facilement par oral. Travailler à la télévison m'a appris cela. Je suis aussi professeur de philo depuis 20 ans dans des écoles d'art et de cinéma. J'ai fait des conférences, répondu à des interviews... Bref, c'est en forgeant qu'on devient forgeron! Parler m'est aisé. Ecrire? J'ai indéniablement un don pour cela. Mais je suis lente, peut être parce que je n'aime pas poursuivre une texte tant que ce qui a été fait ne me satisfait pas. Je me corrige beaucoup. Donc c'est lent et je n'ai pas l'impression que c'est facile même si j'ai des facilités pour le faire!

      6. Quel est votre livre de chevet en ce moment?

«Kadija» L'épouse de Mahomet de Marek Halter ( 2014). J'avais beaucoup aimé «Sarah» ( l'épouse d'Abraham) paru en 2004. Ce sont des retours sur la mythologie et l'histoire qui sont fabuleux et éclairants...

  1. Peut-on se remettre des erreurs de ceux qui ont fait l'histoire de notre famille, de notre pays?

Je ne comprends pas bien cette question.

Les erreurs de ceux qui ont fait l'histoire de la famille... c'est quoi au juste ces erreurs?: un oncle qui viole sa nièce, un père qui bat ses enfants...une mère qui, pendant la seconde guerre mondiale, «choisit» d'emporter son bébé dans un camp d'extermination ( même si elle ne sait pas où ils vont être menés..) alors qu' elle a la possibilité de le laisser aux voisins... Les situations sont très différentes et peuvent se multiplier à l'infini. Les «erreurs» ne sont pas de la même nature. Les dégâts ne sont pas dans la même gamme.

Ceci dit, la résilience est une force extraordinaire mais malheureusement, nous ne sommes pas égaux devant elle...

        8. St Exupéry disait : «  L'amour véritable est celui où on n'attend rien en retour ? » Qu'en pensez-vous ?

Trop chrétien pour moi! L'amour est un échange. Bien entendu, il ne s'agit pas d'un échange comptable! En amour, il me semble qu'on donne et qu'on reçoit, pas toujours au même moment, pas toujours autant qu'on espérait... mais cela est subjectif et la «tendance» peut s'inverser. L'amour «sans retour» est pour moi de l'ordre de la dévotion, du sacrifice et ce n'est pas ma tasse de thé!

J'aime beaucoup Saint Ex par ailleurs!

       9. Avez-vous un autre livre en préparation?

Oui, mais je ne souhaite pas en parler. Après celui là ( le mystérieux!), je vise de faire un troisème roman qui serait la suite des deux premiers. Mais ce n'est pas pour demain

      10. Avez-vous quelque chose à ajouter à cette interview ?

Merci.

 

 

 

 

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