Hervé Bellec (06/2015)

HERVÉ BELLEC

  • La nuit blanche, 2000 - Prix Édouard et Tristan Corbière
  • Garce d'étoile, 2003
  • Le beurre et l'argent du beurre, 2002
  • Yann et le petit menhir qui voulait devenir phare, 2003
  • Felicité Grall, 2004
  • L'école de la place, 2004
  • Mutations, 2004
  • Un bon Dieu pour les ivrognes, 2006
  • Demain, j'arrête d'écrire, 2007
  • Sur le chemin de Stevenson, éd. Ouest-France, 2007
  • Les sirènes du Transsibérien, éd. Géorama, 2008
  • Une heure de sommeil en moins, éd. Coop Breizh, 2009
  • Brèves de Bretagne, éd. Edicité, 2009
  • Si c'est ma femme, je suis pas là, éd. dialogues.fr, 2011
  • Monts d'Arrée (avec les photographies de Jean-Yves Guillaume), éd. Géorama, 2013
  • Rester en rade - éd. Dialogues, 2013
  • Je hais les dimanches - éd. Dialogues, 2015 (selon Wikipédia)

    

J'ai rencontré Hervé Bellec une après-midi de mars. C'était au café de la librairie Dialogues à Brest. Dans le brouhaha des cliquetis des couverts, nous avons échangé sur ses divers romans, son passé et l'avenir. Rencontre avec un écrivain qui a su, bien au-delà de la Bretagne, nous emmener dans ses visions du monde.

1) Votre parcours est atypique: musicien, patron de bar puis professeur d'histoire-géographie... qu'est-ce qui vous a donné l'envie d'écrire?

On ne choisit pas. Je suis arrivé à Brest. J'étais étudiant. Il fallait trouver du boulot. J'ai travaillé dans un bar. Je voulais faire de la musique. Je rêvais d'être une rock star. On a fait un groupe fin des années 70 puis le groupe s'est séparé. J'ai acheté un bistro et je l'ai tenu durant dix ans. On apprend à vivre dans les bistros.  Puis j'ai repris mes études.

J'ai toujours écrit, des poèmes à la chanson! Je ne suis pas d'un milieu intello mais de paysans. Pour ma famille, l'écriture était une perte de temps. J'étais fasciné par les écrivains comme Jack London qui mélait la littérature et l'aventure. C'était un peu mon modèle. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si mon premier bouquin est un récit de voyage. Aujourd'hui, écrire me rend heureux!

2) Dans La nuit blanche, vous racontez trois jours de deuil, les obsèques de Gwen. Est-ce un exutoire, un testament?

J'ai raconté l'histoire d'une amitié. Il y a eu un moment fort que j'ai voulu raconter. Ce bouquin là m'a remis à l'écriture. Je me suis levé un matin vers 3 ou 4 heures et j'ai commencé à sortir des feuilles. Je ne pense pas que ce soit une thérapie ni même un testament. C'est le portrait d'une femme et la description d'une situation exceptionnelle. Ce fut un prétexte à l'écriture.

3) Lors de l'enterrement, le cercueil de Gwen est porté par quatre camarades de classe. C'est une tradition qui perdure encore? Croyez-vous que les Français sont attachés aux traditions?

Oui, la tradition veut que le cercueil soit porté par les voisins, les amis ou les camarades de classe. C'est étonnant parce qu'à la Toussaint, les tombes sont toujours fleuries. Mais toutes les traditions ne sont pas bonnes à prendre. Elles n'ont pas la vertu de la raison. Il y en a de sympathiques. On a changé de société, de culture. Lorsque ma mère sera morte, est-ce que j'irai toujours sur sa tombe et celle de mon père? Je ne sais pas. Cependant, je suis d'un milieu de paysans fortement ancré dans le catholicisme.

4) Dans vos romans, vous faites souvent référence à l'évangile et vous utilisez un vocabulaire religieux. Pourquoi?

C'est ma culture, ma mythologie. Cela fait partie de mon décor culturel. Je vais souvent à l'église de Rumengol. Je garde une certaine affection sur le décorum. La foi c'est un autre problème.

5) Dans Félicité Grall, il y a du rythme, de l'humour, de la poésie et du suspens. Félicité et Rémi tomberont-ils amoureux? Connaissiez-vous la fin de l'histoire avant de la commencer?

C'est une histoire particulière, la préférée de ma femme. Je faisais une série de nouvelles sur l'amour et la séduction. C'est un thème qui revient souvent dans mes livres. Je commençais un texte plutôt érotique et je n'arrivais pas à finir cette nouvelle. J'avançais, j'avançais et je n'arrivais pas à trouver une fin. Puis c'est venu en une matinée. C'est bien aussi de se laisser entraîner par le personnage. Il faut que je le relise. Je n'ai pas trop de temps. J'ai peur d'avoir un regard critique.

6) Les aubergines aux noix de cajou... c'est une de vos recettes?

J'ai dû la piquer à mon ex femme. Un truc végétarien.

7) Certains écrivains aiment aller en repérage pour l'histoire. Etes-vous de ceux-là?

Oui, j'aime bien. Le lieu est très important. Pour  Rester en Rade, j'ai pris des photos, des notes. Tous les lieux sont bien répertoriés pour mettre en scène les personnages de façon précise. Dans Félicité Grall, l'arrivée des hélicoptères sur la plage de l'Aber est véridique.

8) Où situez-vous votre bout du monde?

C'est la pointe de Pern à Ouessant. C'est un vrai bout du monde géographique. Après, c'est le monde de la mer. Ce n'est plus mon monde.

9) Et Brest, est-ce le début du monde?

L'Europe se passe ailleurs qu'ici. Les grands ports sont Rotterdam, Vladivostok, Shanghai... On ne peut pas comparer Brest à Shanghai. Brest touche les gens de par son histoire. Il faut l'apprivoiser! Malgré ses paysages alentours charmants et romantiques, c'est une ville avec un passé dur.

10) Avez-vous quelque chose à ajouter?

On pourrait parler de tant de choses... Maintenant, je sais que l'écriture me procure un bonheur régulier. Une création demande un travail mais c'est un plaisir, une fierté. Je ne sais pas pourquoi je m'arrêterais maintenant. Il n'y a pas de fin. C'est un peu comme un exercice physique mais ce n'est pas vital.

 

 

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