François-Xavier Maigre (10/2013)

Nom: Maigre

Prénom: François-Xavier

Profession: journaliste au journal LA CROIX et poète

Bibliographie: Sur les traces de l'Archange, Éditions Bayard, 2012

                       Dans la poigne du vent, Éditions Bruno Doucey, 2012


     Souffle lumineux où l'on perçoit autant la légèreté du vent, le temps qui passe, l'âge des grands soucis et le bonheur d'être père. Un poème c'est "des propos décousus qui de fil en aiguille habillent un peu la vie", dit François-Xavier Maigre dans son recueil de poèmes.

     Lorsqu'on lit Dans la poigne du vent, c'est être petit au sens propre comme au sens figuré, c'est chanter tout au long de sa vie, depuis l'enfant que l'on était jusqu'à l'homme que l'on devient; c'est s'interroger sur le monde et donner une réponse par une allégorie de mots et de sons choisis merveilleusement. Et quand on se met à marcher Sur la trace de l'Archange avec lui et sa jolie famille, aidés de Cakao, l'âne fidèle par tous les temps, tout prend une dimension spirituelle. C'est un répit au milieu du monde trépidant, où le silence change la vision des choses et des êtres, où l'on apprend à relativiser et la patience qui nous manque parfois.

     INTERVIEW DE FRANÇOIS-XAVIER MAIGRE

1) François-Xavier Maigre, on sent dans vos écrits, un goût prononcé pour la poésie. D'ailleurs, vous avez publié en 2012, un recueil de poèmes aux Éditions Bruno Doucey Dans la poigne du vent. Pour ma première question, je reprendrai une réflexion de Xavier Grall, ancien journaliste à La Vie, écrivain et poète, qui disait: "Le journaliste que je suis cohabite-t-il harmonieusement avec le poète que je crois être?" Qu'en pensez-vous?

    Oh, ça commence fort! Difficile de répondre. Je ne me sens pas franchement écartelé; ces deux facettes essentielles font parties de moi, chacune à sa juste place. J'aime le journalisme comme j'aime la poésie. Ce sont deux vocations. J'ai le sentiment qu'elles cohabitent harmonieusement, sans empiéter l'une sur l'autre; elles s'expriment à des moments différents, selon des modalités peu comparables. Mais au fond, il me semble qu'une source commune irrigue ces deux formes d'écriture: la curiosité. L'attachement au réel. Porter un regard ouvert et poreux sur le monde et sur les autres; essayer d'être un passeur entre les êtres et s'effacer devant ce que l'on veut transmettre.

2) En lisant Dans la poigne du vent, on vous sent léger comme porté par le vent et en même temps grave au regard de la société urbaine d'aujourd'hui, un peu isolée et peu préoccupée par l'autre. Est-ce pour fuir ce côté du "vivre à 100 à l'heure" que vous avez décidé de faire ce pélerinage du Mont St Michel en famille?

    Ce voyage est né d'une urgence: ralentir. Ainsi exprimé, c'est paradoxal. À l'aube de la trentaine, ma femme et moi avons ressenti l'impérieux besoin de prendre du champ, de nous resserrer autour de notre cellule familiale en renouant avec les joies d'une vie plus simple. Comme une parenthèse pour mieux reprendre pied. Cette escapade nous a redonné le goût de la lenteur, de la rencontre; une forme de réconsiliation avec la beauté du monde dans ce qu'il a de plus ordinaire.

3) Pourquoi avoir choisi ce pélerinage plutôt qu'un autre comme par exemple celui de St Jacques de Compostelle?

    Compostelle, nous l'avions déjà arpenté à pied, à vélo, à l'âge où nous étions étudiants. Nous voulions cette fois-ci redécouvrir un itinéraire oublié, celui des anciens "miquelots" qui convergeaient au Moyen-Âge vers le Mont Saint Michel, "les chemins de paradis" dont parlaient les historiens romantiques au XIXe siècle. Nous n'avons croisé presque personne en route. Ce chemin est une belle endormie qui connaît actuellement une certaine renaissance; nous avons eu la chance de pouvoir l'emprunter en toute intimité.

4) Connaissez-vous Xavier Grall? Que pensez-vous de sa phrase: "Toute marche est une marche spirituelle"?

    J'ai lu quelques textes de Xavier Grall, mais je le connais peu (je vais tâcher d'y remédier au plus vite!) Je souscris entièrement à cette affirmation. L'homme est un être spirituel. La marche le décentre de ses tracas, de ses scories, ouvrant en lui l'immensité d'un espace intérieur qu'il ne soupçonne pas toujours... Chacun y apposera le mot qu'il souhaite; j'appelle cela la foi. Cette intuition qui vous met en route. Une présence.

5) Vous dites, en parlant de votre désir de faire ce pélerinage "c'est une évidence qui vous tombe comme une météorite et vous n'y pouvez rien." Comment faire la part des choses entre ce que vous croyez être un signe divin et une coïncidence?

    Je crois peu aux coïncidences. Le pélerin est celui qui parvient à décoder les signes derrières le masque du hasard. Après quelques jours de marche, on le fait très naturellement. Mais peut-être que je me fais des idées!

6) Vous pensez que vos enfants ne se souviendront pas de ce pélerinage. Pour votre épouse, en revanche, elle dit qu'il sera gravé dans leur chair. Pouvez-vous le mesurer aujourd'hui après deux ans?

    Les enfants ont conservé une forme de spontanéité, de fraîcheur, qui leur vient sans doute de notre expérience familiale. Ou de l'esprit que nous essayons de cultiver depuis ce voyage, même revenus à notre sédentarité francilienne; celui de ela rencontre et de la solidarité, de l'attention aux petites choses qui rendent la vie plus lumineuse. Même si ce n'est pas toujours facile!

7) On dit que dans un couple, il faut privilégier le dialogue. Comment expliquez-vous que, durant votre marche, parfois en silence, vous ayez senti un rapprochement, une osmose, un abandon total à l'autre dans ses attentes, ses désirs et ses angoisses?

    On prête à l'écrivain Jacques Lanzman cette très jolie réflexion: "Marcher dix jours avec quelqu'un, c'est vivre dix ans avec lui." C'est tout à fait juste! On dit aussi que s'aimer ne consiste pas à se regarder dans le blanc des yeux, mais à porter ensemble son regard dans la même direction. Telle fut notre expérience. Délestés des pesanteurs quotidiennes, décapés par la bruine et le vent, nous étions attentifs l'un à l'autre comme jamais nous ne l'avions été. Le chemin est une école de vie, quel que soit votre âge, votre situation... La "caminothérapie", pour reprendre l'expression de mon ami journaliste Luc Adrian, vous recadre en profondeur. Et puis, avec l'épuisement, on trouve moins le temps de se chercher chicane, le soir venu!

8) Que retenez-vous de vos rencontres bonnes et moins bonnes? Je pense par exemple à votre dîner dans un restaurant où la gérante était plutôt glaciale!

    Globalement, nous retenons surtout la bonté de toutes ces personnes dont nous avons croisé la route. Leur souvenir nous réchauffe encore aujourd'hui quand nous y pensons. Les mauvaises rencontres, on les oublie vite. Il y a dans le cœur de tout homme une bonté qui ne demande qu'à s'exprimer. Même dans nos campagnes d'Occident, même dans nos sociétés réputées individualistes, il ne tient qu'à nous de s'ouvrir aux autres. S'en remettre à la bienveillance d'autrui oblige parfois à contenir son propre orgueil; mais cela vous transforme à jamais. Ce voyage m"a rassuré sur la nature humaine. Quant à nos hôtes , je crois qu'eux aussi ont été nourris par ces rencontres. Les uns commes les autres, nous avons compris à travers nos échanges que seuls nous ne sommes rien, absolument rien. Voilà peut-être le secret de l'hospitalité authentique.

9) Avez-vous un autre projet de pélerinage ou de marche familiale?

    Nous avons peut-être une idée, mais nous la gardons pour nous dans l'immédiat! D'autant que nous attendons un troisième enfant pour bientôt, alors pas de voyage cette année. Mais nul doute que ce nouveau-né partagera nos prochains périples!

10) Revoyez-vous  régulièrement l'âne Cakao?

    Oui, nous l'avons revu à plusieurs reprises. C'est un membre de notre famille à part entière; et en tant qu'âne de service, je me sens moins seul en sa présence. Tout en lui — son odeur de grange humide, son regard douc et mélancolique, son braiment tout droit surgi d'un  conte d'enfance — tout me semble familier. Tenez: lors des prochaines vacances de la Toussaint, nous allons tout faire pour lui rendre visite, en mémoire de nos péripéties sur les chemins de Normandie.

11) Referez-vous un jour le pélerinage du Mont St Michel?

    Nous n'en savons rien. Pourquoi pas? Le Mont est un phare; et j'imagine que si notre vie venait un jour à s'obscurcir, nous pourrions être conduits à nous remettre en route pour en retrouver la clarté. Une chose est sûre: le but du pélerinage doit être beau. Je ne m'imagine pas marcher pour le plaisir de la flânerie. J'ai besoin de tendre mon être vers quelque chose de grand, quelqu'un qui m'attend au bout du chemin.

12) Avez-vous quelque chose à ajouter à cette interview?

    Merci à Caroline d'avoir pris le temps de lire ces deux livres, et d'avoir manifesté un intérêt pour nos "âneries"normandes. L'écriture ne vaut que dans l'échange, à l'image de celui qui vient de naître à la faveur de cet entretien. Pour tout cela, un grand merci.

Et moi, je vous remercie aussi cher François-Xavier, d'avoir eu la gentillesse de répondre favorablement à cette interview.

    

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