Bernard Berrou (04/2013)

Nom: Berrou

Prénom: Bernard

Profession: Écrivain

Bibliographie

Une saison en Irlande, éditions Terre de Brume, 1996 (Prix Pierre Mocaër)

Le voyage d'octobre, éditions Terre de Brume, 1999 (Grand prix des écrivains bretons)

Lettres du Ponant, éditions Terre de Brume, 2001

Le Rendez-vous irlandais, éditions Blanc-Silex, 2002

Irlande, voyage intimiste, photographies de Jean Hervoche, éditions Terre de Brume, 2003

Un passager dans la baie, éditions La Part Commune, 2005

Sunny Park, éditions Terre de Brume, 2007

La Haute Route, carnet GR20, éditions Terre de Brume, 2009

Préface de La fête de nuit de Xavier Grall, éditions Terre de Brume, 2010

Errances irlandaises et autres textes, éditions Terre de Brume, 2011

Je vous écris d'Irlande, éditions dialogues, 2012

A également collaboré à des anthologies et ouvrages collectifs.

ENTRETIEN AVEC BERNARD BERROU

Nous avions rendez-vous au Nautilus à Kérity ce mardi 5 mars 2013, mais le Nautilus étant fermé, nous nous sommes dirigés vers le café d'à côté. Quelques personnes au bar mais peu de monde en réalité.

   Bernard Berrou est un homme posé, souriant, le regard et l'âme tournés vers les tourbières d'Irlande, "un socle fort qui fait que ce pays magnétise malgré certains lieux défigurés. Il y a quelque chose de puissant au niveau du climat général" car les Irlandais ont une joie de vivre et un optimisme qui n'ont d'égal que l'humiliation à laquelle ils ont dû faire face autrefois, et qui les a portés aujourd'hui à être des hommes accueillants et généreux. Tant de souffrance les a comblés d'une "jubilation amicale"! C'est un peu de tout cela que Bernard Berrou aime retrouver lorsqu'il part sur les sentiers escarpés et brossés par le vent et les embruns, sous les filaments d'or d'un soleil d'automne: " Je n'ai pas encore fini de rêver de l'Irlande mais je préfère en ignorer les vraies raisons. Avant de la connaître, j'en rêvais, et aujourd'hui quand je reviens, je crois toujours que c'est la première fois." Une saison en Irlande.

   Outre la beauté de l'Irlande et l'attente d'y retourner un jour, Bernard Berrou m'entraîne vers la lisière bretonne, entre la campagne et l'océan où, dès lors que l'on s'attarde sur "ce territoire de l'irrationel", l'esprit se sent alors envoûté, comme possédé, plein d'une émotion poétique: "la poésie, c'est une grande émotion".

   De son enfance ici à Pont-l'Abbé, il garde surtout le souvenir du lieu de la Madeleine, si chère à son coeur, " ces chemins de la terre qui sont un peu les chemins de l'esprit" où il aime y retourner encore pour écouter ces bruits venus du large, et la résonance dans le lointain de ces images du passé, " c'est l'imaginaire par sa forme ! L'homme passe mais la baie, ici, est éternelle".

   Puis, nous avons parlé dee son métier de professeur de français. Il s'étonne encore aujourd'hui que certains écrivains comme Julien Gracq ne soient pas très connus ou délaissés parfois par l'Éducation Nationale. En l'interrogeant sur ses nombreuses rencontres avec l'auteur d'Un balcon en forêt, de Presqu'île ou du Château d'Argol, professeur de géographie à Quimper qui aimait se ressourcer à Penmarc'h, il se plait à dire que Julien Gracq apporta beaucoup à la Bretagne, et de penser qu'un géographe est quelqu'un qui est "dans la littérature": "c'est grâce à lui que j'ai découvert la littérature"! Sept ou huit mois avant son décès en décembre 2007, Bernard Berrou est venu lui rendre visite dans sa maison des bords de Loire. "Il m'a semblé pas trop mal bien qu'il ne puisse plus écrire, car il souffrait d'arthrose mais il lisait encore les journaux. D'une apparence triste, il était pourtant serein".

   Quant à ses premiers essais d'écriture, il se souvient de ce premier roman en 1992 et dit ne pas y avoir donné suite en s'arrêtant à la centième page.."trop mauvais!" "La plus grande qualité de celui qui écrit, ajoute-t-il, c'est de savoir si ce qu'il a écrit est bon." Finalement, il en fera un récit de voyage. "L'écriture est l'aboutissement d'heures de lecture car la lecture appelle à l'écriture et de dire également que nous devrions tous écrire car nous avons tous quelque chose à dire, ne serait-ce comme exutoire." "Ce n'est pas évident d'être publié de nos jours, reprend-il, même de grands écrivains ne seraient peut-être pas publiés aujourd'hui. Et d'ajouter: si personne n'avait publié mon premier livre, je me serais arrêté là." Cela aurait été bien dommage car on ne peut rester indifférent à la prose poétique, d'un lyrisme total et d'un exotisme permanent d'Un passager dans la baie ou d'Une saison en Irlande. "On peut être en état de poésie à travers la prose. Mais il faut lire aussi les beaux poèmes de René-Guy Cadou et de Seamus Heaney."

   J'ai voulu aussi avoir sa vision sur la Bretagne du nord et la Bretagne du sud. "Le pays du Léon me plaît davantage. Plouguerneau, par exemple. Le Nord est d'une austérité qui me plaît avec ses rochers, ses grandes étendues  et sa lumière grise. Ce n'est pas pittoresque du tout. Là-bas, les gens sont plus paysans et cultivent l'artichaut et le chou-fleur. Ils sont plus renfermés et moins festifs que les gens du sud; physiquement aussi avec le carnation plus foncée! Le breton dans le Léon est plus authentique par rapport à la Bigoudénie où il y a une altération phonétique et où l'on avale les syllabes". Quant à la pointe saint Matthieu dont je trouve qu'elle est tournée vers l'horizon et le début du Nouveau Monde, mais aussi comme dit Xavier Grall "le commencement de l'Occident et non la fin", Bernard Berrou ajoute: "c'est une théorie reprise par d'autres. On arrive au bout de quelque chose et on repart avec le début d'une autre. La pointe Saint Matthieu n'est pas la fin mais le début d'autre chose. Il y a un chapelet d'îles à découvrir ici et là."

   Avant de clore cet entretien, je ne pouvais pas occulter Xavier Grall et Pierre-Jakez Hélias, deux personnages clés du débat breton:" les deux sont liés et contribuent à faire la force de la Bretagne. L'un cependant est extrêmement passéiste alors que l'autre est un chantre de la Bretagne nouvelle. L'écriture du Cheval couché — en réponse au Cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Hélias — poussera Xavier Grall au remord", me confiera Bernard Berrou. Il préfacera d'ailleurs un de ses plus beaux romans La fête de nuit réédité en 2010 et paru en 1972.

   Dans ses allers-retours en Irlande ou ses "promenades fertiles dans la Baie d'Audierne"..., je n'ai pas vu passer l'heure! J'avais le sentiment d'avoir rencontré un poète, aimant la marche, les voyages et les rencontres... "L'avenir est toujours hypothétique. Si je n'avais plus rien à écrire, je m'arrêterais", dira-t-il en me quittant. Le vent soufflait au-dehors, comme un murmure tiède annonçant les prémices d'un printemps. Un point lumineux se balançait au devant de quelques nuages m'apportant cette allégresse que j'avais ressentie durant cette heure de discussion.

   Un très grand merci à Bernard Berrou pour son accueil et l'interview à laquelle il a bien voulu prendre part.

Caroline pour l'équipe d'Ar Skandéliked.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau