Antoine Laurain (02/2013)

Nom: Laurain

Prénom: Antoine

Profession: Écrivain

Bibliographie: Ailleurs si j'y suis, Le passage, 2007 (Prix Drouot)

                      Fume et Tue, Le passage, 2008

                      Carrefour des nostalgies, Le passage, 2009

                      Le Chapeau de Mitterrand, Flammarion, 2012 ( Prix Landerneau découvertes, Prix Relay)

     N'avez-vous jamais lu un livre d'une seule traite au point de rester toute une après-midi sans lever les yeux de l'histoire? Moi, oui! pour le roman d'Antoine Laurain Le Chapeau de Mitterrand. Dans cette intrigue menée tambours battants, les personnages aux caractères et aux métiers très différents, se succèdent avec bonheur. Dotés tout à coup d'un courage qu'ils n'espéraient plus, ils transforment leur existence comme par magie, grâce au fameux chapeau.

     Antoine Laurain place l'intrigue dans le décor mythique des années 80 et nous permet de retrouver, avec nostalgie, tous ces chanteurs, journalistes et émissions de télévision pour le plus grand plaisir de tous.

     Dès lors, je n'ai eu qu'un seul désir, celui de découvrir les autres très beaux romans d'Antoine Laurain, écrits précédemment. On y retrouve la plume de l'auteur, toujours agréable, sans ostentation mais aussi sa petite touche gustative qui nous met l'eau à la bouche avec ses descriptions de mets aux saveurs délicates, presques sensuelles.

    Antoine Laurain est un auteur proche de ses lecteurs. Avant de vous proposer un extrait du roman, Le Chapeau de Mitterrand, laissez-moi vous présenter l'auteur à travers des questions auxquelles il a bien voulu répondre. Je l'en remercie infiniment.

INTERVIEW D'ANTOINE LAURAIN

En lisant vos livres, j'ai eu l'impression d'avoir à faire à quelqu'un qui était à la fois fin gourmet, chef d'un grand restaurant, commissaire priseur, nez pour un grand parfumeur, homme politique, informaticien, etc. Quel métier exerciez-vous réellement avant de devenir écrivain?

— Un peu de tous ceux-là sûrement!... Je plaisante mais l'une des clefs de l'écriture consiste à endosser l'identité et les émotions de personnages très divers – certains sont proches de vous, d'autres très éloignés. Je crois que beaucoup de personnages de romans que l'on invente sont une possibilité de ce que l'on aurait pu devenir. Et pour enfin répondre à votre question de départ: un peu scénariste, un peu réalisateur, un peu antiquaire.

Petit, vous vouliez être peintre. En avez-vous fait un loisir? Quel est, ou aurait été le style de votre peinture?

— Non, je n'ai pas fait de la peinture un loisir, je crois que je la tiens en trop haute estime pour cela. un jour j'ai arrêté, c'est aussi simple que ça. Mes tableaux ou pastels secs – puisque c'était ma technique – étaient réalistes. Disons d'un réalisme poétique... C'est très dur de dessiner un nu, c'est très dur de dessiner un animal. Je ne suis pas un grand client de l'abstrait qui tourne toujours très vite à la facilité répétitive – tant dans la technique que dans la forme. J.M.W Turner à la fin de sa vie avait déjà tout dit. La seconde moitié du vingtième siècle aura produit beaucoup d'artistes dont les oeuvres sont tantôt laides, tantôt d'astucieux canulars et le plus souvent les deux. La première moitié du siècle est sauvé par le génie Dali et dans une moindre mesure par Balthus. Après viendra Francis Bacon. Après Bacon, je ne vois pas grand monde. Du moins pas à ces niveaux là. En fait, on ne veut pas se l'avouer mais la peinture est morte, comme la musique classique.

Aimez-vous cuisiner? Si oui, quel est votre plat où vous excellez?

— Oui, beaucoup. En ce moment je suis dans les pots au feu. Hiver oblige...

Comment vous est venue l'idée d'écrire Le Chapeau de Mitterrand? C'est une histoire presque magique! Tout le monde aimerait bien posséder un chapeau comme celui-là, où l'on se prend à avoir le courage de balayer toutes les choses ou les gens qui nous emprisonnent. Croyez-vous aux objets fétiches qui portent chance?

— Oui, il y a des jours où j'y crois vraiment. Je vais répondre à la première partie de votre question en vous citant Vladimir Nabokov dans ses cours de littérature aux USA. Nabokov définit tout "Art authentique" comme "magie". Je le cite: " La vérité est que les grands romans sont de grands contes de fées. La littérature est née le jour où un jeune garçon a fait irruption en criant "Au loup! alors qu'il n'y avait aucun loup derrière lui." Génial, non?

Les personnages se succèdent mais en avez-vous préféré un?

— J'aime beaucoup le personnage du "nez". En fait, je les aime tous...

Dans Carrefour des nostalgies, François Heurtevent, le héros de l'histoire, recherche ses anciens camarades de classe. Avez-vous été tenté de le faire pour vous-même? Est-ce que vous croyez vraiment à une deuxième chance en amitié, c'est-à-dire, croyez-vous possible de redémarrer une amitié perdue de longue date?

— Non, je ne le crois pas. On peut le tenter mais je pense qu'on sera déçu, tôt ou tard. La question est : pourquoi cette amitié s'est-elle arrêtée? Je vous laisse y réfléchir... Il y a aussi des amitiés qui ne sont pas faites pour durer. Elles constituent un moment de la vie – une séquence. C'est ainsi. Oui, j'ai – dans mes grands moments d'inaction – tapé les noms et prénoms d'anciens camarades de classe sur le Net. Certaines réponses étaient déroutantes. Comme j'ai une bonne mémoire, je dois d'ailleurs me souvenir de gens qui, eux, ne se souviennent sûrement pas m'avoir côtoyé! L'internet est très intriguant, on peut connaître le métier de quelqu'un que l'on a perdu de vue, voir son visage des années après. Cela était inimaginable il y a encore peu de temps. Pour savoir ces  choses il fallait se rendre chez un enquêteur privé, ce que personne ne faisait par pure  curiosité. Les gens du passé disparaissaient, on ne savait pas ce qu'ils étaient devenus...

Vous avez aimé Mort à crédit. Si vous avez lu d'autres  romans de Céline, pourquoi celui-ci plutôt qu'un autre? Avez-vous vu le film de Lorànt Deutsch, Paris Céline? Si oui, qu'en pensez-vous?

— Non, je n'ai pas vu le film de Lorànt Deutsch. Disons que Le Voyage est lié à la guerre de 14, aux colonies en Afrique, au New-york des années 30 et à la banlieue parisienne des mêmes années. C'est un livre éblouissant mais, malgré tout, très ancré dans l'époque où il se situe. On ne peut en faire abstraction. À l'inverse, Mort à crédit qui se déroule majoritairement à Paris et un peu en Angleterre dépasse son côté "historique", il y a une sorte de magie intemporelle, au-delà des années dans lesquelles se déroule l'histoire. C'est un Paris un peu irréel, une Angleterre un peu imaginaire. Les personnages que décrit Céline, existent toujours – ils ont muté dans notre monde actuel mais leurs âmes sont les mêmes. C'est une sorte de Bible, un texte quasi métaphysique sur l'âme humaine. Et souvent absurde et drôle! Céline est drôle, Proust est drôle. Je me demande si ce n'est pas un trait des grands écrivains: savoir être drôle parfois.

Quel est l'écrivain du XXe siècle (vivant ou non) qui vous a le plus marqué? Si vous le rencontriez, que lui diriez-vous?

— C'est une question compliquée... il y a beaucoup de noms. Je vais vous faire une réponse: j'ai croisé Modiano il y a quelques mois dans la rue, il est passé à côté de moi, puis il a continué sur le trottoir, je l'ai suivi des yeux jusqu'à ce que sa silhouette disparaisse. J'avais sûrement des centaines de choses à lui dire. Je n'ai pas bougé. Je peux me repasser ce court film de lui sur le trottoir dans la tête quand je veux. C'est bien comme ça. C'est plus mystérieux.

Connaissez-vous la littérature bretonne? Un écrivain, un roman que vous avez lu?

— À l'instant présent, je ne trouve pas de romans que j'associe à la Bretagne. Je vais y réfléchir...

Sans dévoiler l'intrigue de votre prochain roman, pourriez-vous nous en dire quelques mots?

— Je regrette, mais la réponse est hélas: non.

Êtes-vous nostalgique des années 80? Quels chanteurs écoutiez-vous alors?

— Peut-être un peu. Les chanteurs et chanteuses... je vous livre les noms qui me traversent l'esprit... Mylène Farmer, que j'avais découvert avec Libertine en 1986 avait apporté quelque  chose de très nouveau par son univers et aussi son charme – c'est d'ailleurs la seule qui ait toujours son statut de star. C'est la seule survivante avec Etienne Daho. Sinon, je me souviens pêle-mêle de Talk Talk, U2, Renaud, Desirless, je me souviens du Grand Master Flash et des débuts du rap que l'on nommait le Smurf, je me souviens de Mickael Jackson et de Paris Latino, de 5 heures du mat, j'ai des frissons... de Chagrin d'amour que je continue à considérer comme le premier rap français, et bien sûr de Serge Gainsbourg. Globalement toutes ces chansons étaient très positives, peu de revendications. Les chanteuses et chanteurs paraissaient être là pour s'amuser et vendre des 45 tours.

Voulez-vous ajouter quelque chose à cette interview?

— Oui, c'est toujours une très bonne idée que les lecteurs fassent un tour sur le net pour voir si leur auteur n'aurait pas un site, un blog, où lui écrire. Je reçois beaucoup de mails, c'est très touchant. Merci pour vos questions et à bientôt dans un prochain roman.

Merci infiniment à vous Antoine Laurain d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. 

Vous pouvez retrouver Antoine Laurain sur son blog: www.antoinelaurain.blogspot.fr

Caroline pour l'équipe d'Ar Skandéliked. 

Commentaires (3)

kolton
  • 1. kolton | 15/12/2013
Je viens de terminer votre livre, lorsque je le déposais pour d'autres choses, j'étais impatiente de connaître la suite . On ne le lis pas, on le dévore . Dans votre livre , je retrouve toutes ces années .
Lydia
  • 2. Lydia | 27/09/2013
Cher Monsieur,

Il est tard ce soir plutôt tôt ce matin, mais je tenais à vous dire que pour la première fois de ma vie, je relis et relis les paragraphes de votre livre sur le chapeau de " MITTRAND", je plaisante... Je n'ai rien lu d'aussi bien écrit et d'aussi réel.

Vous devez avoir l'habitude de recevoir de tels emails, mais en cette période de ma vie "chômage, dépression" cela me fait du bien de vous envoyer celui-ci.

Sincère considération.

Lydia MAILY
MAILY
  • 3. MAILY | 27/09/2013
Cher Monsieur,

Il est tard ce soir plutôt tôt ce matin, mais je tenais à vous dire que pour la première fois de ma vie, je relis et relis les paragraphes de votre livre sur le chapeau de " MITTRAND", je plaisante... Je n'ai rien lu d'aussi bien écrit et d'aussi réel.

Vous devez avoir l'habitude de recevoir de tels emails, mais en cette période de ma vie "chômage, dépression" cela me fait du bien de vous envoyer celui-ci.

Sincère considération.

Lydia MAILY

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