Abbé Christian Venard (04/2014)

Interview de l'abbé Christian Venard

     Septembre 2007, l'abbé Christian Venard rejoint les Écoles de Coëtquidan dans le Morbihan. La paroisse l'accueille d'une joie prodigue, et petits et grands partagent des moments forts de spiritualité et d'amitié. S'en suivront pourtant deux années dans la souffrance et l'incompréhension parce que la hiérarchie militaire en aura décidé autrement.   Cependant, par delà ses propres souffrances, l'abbé Venard restera à l'écoute de ses paroissiens, ou ailleurs lorsqu'il sera envoyé en opex (opération extérieure) pour épauler les soldats français. Dans son livre Un prêtre à la guerre, le Padre répond, à la lumière du Christ, aux questions du journaliste Guillaume Zeller. C'est un remarquable échange plein d'émotion lorsqu'il relate la mort d'Ariel Chennouf et Mohammed Legouad, ainsi que Loïc Liber qui sera grièvement blessé le 19 mars 2012 et de l'accompagnement des familles endeuillées. L'abbé Venard pense aussi à tous ceux qui, au péril de leur vie, sont prêts à défendre leur pays et la vie de certaines populations en danger.

     Mais où se situe la guerre? Si elle est en dehors de l'hexagone, par les interventions militaires en Afghanistan, au Tchad, en Côte d'Ivoire et plus récemment au Mali, il n'en reste pas moins vrai qu'elle peut se trouver sur notre propre territoire eu égard à ces hommes et ces enfants tombés sous les balles de Mérah. Mais ne peut-elle pas être également dans nos paroisses alors que le Chrétien doit d'abord, par son aménité, apporter réconfort et générosité? "Le Seigneur reconnaîtra les siens!"

     Après la lecture de Un prêtre à la guerre qui nous montre que l'on peut être à la fois un enfant du Christ et un soldat, la France ne les oubliera sûrement pas, ni ceux qui  ici ou ailleurs, œuvrent pour la paix. 

     

     1) Comment est né "Un prêtre à la guerre"?

     C'est d'abord une idée du journaliste Guillaume Zeller, qui était devenu, à la faveur de diverses circonstances, un ami. En novembre 2012, il m'a téléphoné alors que j'étais en mission au Tchad, pour me proposer d'écrire avec lui un livre de témoignage, en me précisant que le principe en avait déjà été retenu par les éditions Tallandier. Ma surprise fut grande. J'eus quelques réserves, mais bien vite nous fûmes sur la même longueur d'onde. Ayant suivi les troupes françaises du Tchad vers le Mali, je ne suis rentré en France qu'en mars 2013. Et nous nous mîmes au travail dès le mois d'avril 2013. Le livre est sorti des presses en novembre suivant.

     2) Commen écrit-on un livre à quatre mains?

     Dans la pratique, nous avons commencé par des entretiens enregistrés. Guillaume Zeller préparait ses questions, me proposait un plan d'ensemble. Puis de ces "rush" est sorti un document écrit très brut. À partir de ce document, nous avons coupé ce qui nous paraissait être moins intéressant, ou trop digressif par rapport à notre projet. Ensuite, un  gros travail de "réécriture" nous a été demandé, afin de présenter un livre achevé dans un style assez soutenu.

     3) Vous dîtes que la France se soucie peu de ses soldats. Est-ce parce qu'aujourd'hui, les combats que mène la France se situent à l'extérieur de l'hexagone? Est-ce parce qu'il n'y a plus de service militaire en France?

     Sans doute les deux! On peut ajouter à cela que les "valeurs" sur lesquelles repose notre société moderne sont assez contraires à celles qu'exige l'engagement militaire. On peut songer ainsi à l'hédonisme ambiant qui s'oppose au nécessaire aguerrissement militaire; ou bien à l'individualisme face à l'exigence sacrificielle de la vocation du soldat au service du bien commun de la Patrie.

     4) Comment peut-on comprendre que ceux qui vous ont fait le plus de mal sont des catholiques voire des catholiques engagés?

     Je suppose que vous faites allusion ici à ce que j'ai eu à vivre aux écoles de Coëtquidan entre 2007 et 2009 (période que j'évoque bien sûr dans mon livre). Oh, il y a là une espèce de mystère très ancien! Ne voit-on pas dans les Évangiles le Christ être trahi par Judas un des disciples que lui-même avait choisi! Plus concrètement, les divisions ont toujours existé dans l'Église. À cela, de manière plus contemporaine, vient s'ajouter un refus de l'autorité, dont bien souvent les prêtres sont les victimes de la part de "chrétiens engagés".

     5) Est-ce qu'un prêtre au retour d'opex (opération extérieure) bénéficie d'un accompagnement particulier à l'instar des soldats et de leur suivi psychologique dont ils peuvent bénéficier?

     Non. Cela est dommage. Mais, de fait, rien n'a jamais été mis en place jusqu'à présent en ce domaine. Chacun d'entre nous essaie alors de trouver les bonnes solutions pour tenir le coup et se vider des charges émotionnelles vécues.

     6) Dans Parole et Prière, vous faites la chronique "la figure du mois". En mars, vous évoquiez Gilbert Keith Chesterton. Auriez-vous un livre de lui à nous recommander en particulier? Avez-vous d'autres projets d'écriture dans un magazine ou un livre en préparation?

     Je suis heureux en effet de participer tous les mois à la revue Parole et Prière, avec cette chronique autours de "la figure du mois". Au milieu de tant d'activités diverses, cela m'oblige à me plonger mensuellement dans la vie et les écrits d'un auteur pour tenter d'en saisir la substantifique moelle! Concernant Chesterton, je recommanderais volontiers son Saint Thomas d'Aquin qui est lumineux.

     Je termine en ce moment la rédaction d'un livre, en commun avec un médecin militaire et mon frère colonel, sur la densification du combattant. Livre assez technique mais qui pourrait je crois, intéresser un public large. Comment nous préparer à affronter la dureté de nos existences en densifiant notre être, dans ses trois dimensions: physique, psychique et morale.

     7) Avez-vous quelque chose à ajouter à cette interview?

     Puisque vous m'y invitez, j'aimerais ajouter que ce livre, Un prêtre à la guerre, a été voulu finalement pour deux grandes raisons. La première et la principale: rendre hommage aux militaires que j'ai eu à accompagner dans la mort, mais aussi à tous ceux, vivants, qui se sacrifient de bien des manières au service de notre beau pays. La deuxième, tenter, à travers ma propre histoire, de montrer la beauté de nos héritages et combien nous ne pouvons rien construire de beau et de durable, sans accepter ce qui nous a forgés (histoire familiale, nationale, histoire sainte, etc.).

     Un très grand merci à l'abbé Christian Venard pour sa participation et le temps accordé au questionnaire.

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