Xavier Grall

XAVIER GRALL

 

Yann Queffélec s’exclamait au détour d’une interview il y a tout juste un an :« Qui de nos jours lit encore Xavier Grall ? » N’en déplaise à cet écrivain « parisien », je répondrai : beaucoup de gens en réalité ! Et si vous ne l’avez pas encore fait, il n’est pas trop tard pour y remédier. Pourquoi ? Parce que si Xavier Grall est à la fois journaliste et écrivain, il est avant tout un poète évadé de Bretagne, un barde dont la littérature lyrique souligne l’âpreté et les joies de l’existence, les anecdotes d’une vie de famille, les causes perdues, James Dean, Mauriac, Lamennais, et la poésie (La Sône des pluies et des tombes, Solo et autres poèmes), cette poésie qu’il rencontra sous la plume de Rimbaud et que l’on retrouvera sans cesse dans ses œuvres. L’homme n’a-t-il pas besoin de ce chant qui vient de la terre et qui par le regard qu’il y prête, rejoint son âme ? Comme son poète favori dont il parlera dans Arthur Rimbaud ou la marche au soleil, Xavier Grall est épris d’impatience, de révolte et d’amour. Anticlérical aussi mais d’une foi profonde, il léguera à ses filles, son plus beau testament dans L’inconnu me dévore.

« (…) J’ai donné, j’ai jeté ma vie, dans les bars et dans les cœurs. Je fus comme une auberge jamais fermée. J’ai jeté ma vie dans les rapsodies, les sagas, les ballades. J’ai aimé les matins et les soirs. Et les arbres. Et les bergeries. Et toutes les demeures humaines plantées dans l’éternel poème de la création. Quelle grâce insensée, presque tragique à force d’être violente ! (…)»

L’inconnu me dévore, aux Éditions Calligrammes Et bien qu’il ait du mal parfois à se faire éditer, les livres, les articles et les chroniques dans La Vie, Le Monde se succèdent. Les rencontres se font plus denses et son désir de revenir vers la mer plus intense. Après quelques années à Paris, il n’hésite pas à s’installer avec femme et enfants dans le Finistère, et courageusement, à se construire une vie plus en adéquation avec son idéal. C’est ici, sur les côtes bretonnes qu’il trouve son espace édénique nécessaire à son inspiration. Dans les coursives du temps, Grall tente inexorablement d’aboutir aux réponses à ses questions existentielles et spirituelles, harcelé par des pensées mortifères d’un passé révolu (Africa Blues, Cantique à Mélilla) ou d’un présent décevant qu’il veut voir autrement sur une terre natale magnifiée (La fête de nuit, réédité en 2010 aux Éditions Terre de Brume et préfacé par Bernard Berrou).

« (…) C’était vrai : Arzel ressemblait à Maria. C’était d’elle, de son enfance en galoches, qu’il tenait cette rage de poésie. Dans ses brumes du Ménez-Hom il avait ramassé l’hoirie spirituelle. Ô grand chemin qu’emprunterait le fils au nom et en place des siens. Transmission de la parole. Non, il n’abdiquerait pas. Il mettrait dans sa marche le courage ultime, son dernier souffle. Comme le chantait Glen, « il irait mourir plus loin ». Il repousserait les murs du visible. Il aimerait encore. Il haïrait encore. Il irait au vent, à la lame, au large. Sentiers de Rosnoën et routes d’Argol, frémissements des chênaies, ruissellement de l’Aulne… Là-bas les enchantements, là-bas la douce invitation de l’ogive au seuil des demeures, là-bas la création. »(…) La Fête de Nuit, aux Éditions Terre de Brume.

Mais Xavier Grall a un regard plus positif et énergique vis-à-vis de la Bretagne dont il dit qu’elle est non pas la fin de l’Occident mais le début de l’Europe (Le cheval couché en réponse au Cheval d’orgueil de Pierre-Jakez Hélias, véritablement trop passéiste).

Xavier Grall s’éteint le 11 décembre 1981 à Quimperlé. Dans sa chambre à Bossulan, la photo de Rimbaud, de Georges Perros et de Glenmor sur les murs… c’est un homme debout, toujours tourné vers la mer, qui se retire aux prémices de l’hiver. Un homme qui n’aura eu de cesse de chanter la Bretagne, de l’aimer jusqu’à la faire sienne pour l’offrir au monde, pour qu’elle devienne le commencement de tout. Et l’amoureux s’en va, bercé par ses doux rêves devenus réalité avec, dans l’âme le regret de n’avoir peut-être pas assez écrit mais toujours d’avoir œuvré pour le bien de son pays, avec force et détermination.

« (…) Je devine la houle à l’assaut des môles, soulevant les navires, plaquant les lichens tels des ex-votos sur les porches des sanctuaires. Notre civilisation est là. Notre destin est là. C’est une dérision que de parler de la Bretagne comme d’une terre enclavée. Enclavée par rapport à quoi ? Par rapport à qui ? Nous avons tout l’espace sous nos fenêtres. Toute la grandeur à portée. Les enclavés sont les gens de Seine ! (…) C’est dans nos eaux qu’expira Yseult, c’est à Penmarc’h qu’est mort Tristan L’insatisfaction occidentale, ce levain de toute œuvre, je la crois nées de nos rives. (…) Le cheval couché, Éditions Calligrammes.

Caroline Constant

Article publié dans le magazine GLAZ, N°4 de juin 2014

 

Commentaires (1)

Marie-Liesse Bigot
  • 1. Marie-Liesse Bigot | 08/12/2015
Je viens de lire votre article et suis enchantée de ce que vous écrivez et tellement d'accord. Merci. Il est si rare de trouver quelqu'un qui parle de Xavier Grall. Aujourd'hui c'est Christian Bobin mais ce sont deux vrais poètes si différents.

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