Les îles de Jean Grenier

 

LES ÎLES de Jean Grenier

 

     Je découvre Les îles de Jean Grenier. Le titre est trompeur. L’histoire du chat Mouloud, d’un boucher, des voyages, des doutes et du vide… Qu’est-ce que ce titre a avoir avec les îles? Est-il recevable ? A bien y réfléchir, et au fil des pages et des mots, de cette poésie silencieuse qui sourd des questionnements humains, Les îles me sont apparues comme une invitation pour un voyage intérieur. Que sont donc ces îles dont nous parle l’auteur sinon nos errances poétiques à découvrir qui nous sommes, ce que nous faisons et devenons ?

     Nous sommes des îles à part entière lorsque nous faisons le vide autour de nous, cette claustration nécessaire pour comprendre le monde ; se poser, écouter son propre corps au contact du temps, faire vibrer ces élans mystiques, ces petits riens qui se révèlent par la beauté des choses, des fleurs ou la lumière d’un paysage. Tomber dans le vide, s’y perdre parfois, voir ses désirs se réaliser, ou mieux, jouir de l’instant « où le désir est près d’être satisfait » (p.29, Editions Imaginaire Gallimard).

Il me revient en mémoire, dans La Presqu’île de Julien Gracq, ce moment délicieux de l’attente de découvrir la mer, le plaisir infini qui se réveille en soi. Petit à petit, comme un léger frisson : l’adrénaline avant l’apothéose ! Quant à l’après, certains pourront se morfondre dans le néant alors qu’il suffit (pour se complaire encore dans l’instant magique de l’attente) de garder au fond de soi, ces souvenirs du point de rencontre, cet instant T, la vision du paradis terrestre, ce que Grenier appelle « le don, le génie, et la grâce : quelque chose de naturel et d’irrésistible ». Ne pas chercher plus loin ce qui se trouve devant soi. Nos îles sont ici-mêmes, devant nos yeux et en nous-mêmes.

Caroline Constant

     A lire sans modération !

Article publié dans le n° 6 de Glaz magazine, mars 2015

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